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De fil en aiguille | Daniel & Svetlana

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Svetlana Maxwell
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Sam 29 Déc - 22:00

De fil en aiguille

20 décembre 2018

Une perle de sueur glisse sur mon front. Les battements de cœur frénétiques, l’air ahuri, la panique. Les mains qui tremblent, les cheveux emmêlés, faute d’avoir trop tiré dessus. La colère, l’agacement. Je suis à genoux perchée sur ma table, au milieu d’épaves de bobines de fil de couture, d’aiguilles, de nœuds arrachés, et de mousse de rembourrage, véritable terrain de guerre. Je tiens un ours en peluche entre mes doigts crispés autour de son cou. Sa tête à quelques centimètres de mon visage, menaçante. Comme si j’étais capable de l’intimider suffisamment pour acquérir les compétences désespérément recherchées. Je vide mon anxiété sur sa tête inanimée, hurlant toute ma haine, yeux dans les yeux.

« Tu te moques de moi, hein ? Je le vois dans tes yeux perfides, tu te moques ! Pourquoi est-ce que tu ne me laisses pas te recoudre ? REPOND MOI ! Pourquoi, bordel ? Je t’aurai, saleté, je t’aurai, et quand j’aurai rebouché ce trou tu riras moins ! Hein, tu riras moins, MONSIEUR nounours ! »

Ma voix résonne comme une moquerie, en sur-articulant ce titre pompeux. Sonnant comme un reproche particulièrement malfaisant, je commence à rire. Ce rire nerveux qui suit des heures de tentatives de réaliser quelque chose, et des heures d’échec, des heures à tout recommencer depuis le début. Au bord des larmes, si seulement je pleurais encore, la crise de nerf m’a déjà atteinte, there’s no turning back. Je suis foutue, et lui aussi, il est foutu. Mes mains tremblent toujours comme engourdies, j’ai envie de le balancer par la fenêtre après l’avoir répétitivement cogné contre un mur. A défaut, c’est ma tête qui a violemment rencontré la table, lorsque la déchirure dans le corps du nounours s’est agrandie après une énième tentative de la refermer. Je suis incapable de recoudre une saleté d’atrocité en peluche, par contre, je peux recoudre des êtres humains. Mon empathie est un trouble-fête dans ma présence d’esprit, toujours à me faire croire que je suis capable de tout pour des vertus salvatrices. Incapable de renoncer lorsqu’un obstacle se dresse devant moi, incapable d’assumer de ne pas être à la hauteur. Et me voilà, à genoux sur ma table en bois, à menacer un ours en peluche déchiré. Une bien blâmable situation, pour quelqu’un qui n’a tout simplement pas su s’opposer à un sourire enfantin, trop innocent pour être déçu. Et peu importe qu’un médecin n’exerce pas le même métier qu’un couturier, puisque face à ses yeux embués, je n’ai pas pu avouer mon manque de compétence pour recoudre son ours en peluche. Le petit garçon pleurait, inconsolable, ses parents ne pouvant revenir à Manhattan que dans quelques jours à cause de problèmes avec les billets d’avion. Voyage d’affaire pour deux conférenciers reconnus qui avaient laissé leur enfant à sa grand-mère, en toute confiance, mais il suffit souvent d’une seconde d’inattention. Le petit s’en était tiré avec quelques points de sutures au niveau de l’arcade sourcilière, mais j’avais tenu à décliner l’hypothèse d’une commotion cérébrale. Alors, j’ai eu le malheur de mettre les pieds dans sa chambre, de l’entendre réclamer ses parents, puis d’être témoin d’une véritable détresse lorsqu’il a remarqué que son ours en peluche perdait son rembourrage. Son meilleur ami aussi, était blessé, dans un sens. Et personne ne prêtait attention à eux, alors j’ai fait cette erreur trop peu regrettée de lui proposer mon aide. Je lui ai dit que lui aussi, il aurait les mêmes points de sutures, qu’ils seraient comme des jumeaux. Qu’ils iraient bien. Que tout irait bien. Mais ce que j’ai oublié, lorsque son sourire s’est illuminé à travers ses larmes, c’est que je n’ai jamais été capable de tricoter ou de coudre la moindre chose. Et je pensais, naïvement, que quelqu’un capable de mener une opération saurait recoudre un simple ours en peluche. Là était ma première erreur. Et pas des moindres. Je suis incapable de me faire à la texture. Mes doigts sont en sang, le dé à coudre a roulé sous un meuble, le rembourrage s’est fait la malle, l’ours fait la gueule.  

J’ai baissé les bras, lorsqu’une énième couture a craqué. Et je me suis souvenue de ce qu’Ailill m’avait raconté, à propos de Daniel. Son cousin aurait des prédispositions précieuses en matière de couture. Je bénis le ciel que Daniel lui ait demandé mon numéro de téléphone et m’ait envoyé quelques messages dans les dernières semaines. Ni une ni deux, je descends de ma table afin de m’emparer de mon téléphone, et je lui envoie plusieurs messages.

« Hey Daniel, j’ai besoin de toi. C’est urgent. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est une question de vie ou de mort, mais… si, en fait. Complètement. Si tu ne te dépêches pas de venir, quelqu’un sera blessé. »

Cet ours en peluche ne restera pas en une seule pièce bien longtemps si on me laisse y toucher ne serait-ce qu’une fois supplémentaire. Je ne suis qu’à un fil de le dépiécer avec mes dents, avant de le jeter par la fenêtre, et de suivre avec. J’envoie un message supplémentaire à Aberline, sur lequel figure l’adresse de mon appartement. Je me rassois, sagement, la paume de mes mains plaquée sur la table en bois. Dans un coin de la pièce, endormi et roulé en boule, se trouve le husky le plus majestueux mais également le plus étrange de tout New York. Mes hurlements ne l’ont pas réveillé, au contraire, on pourrait même soupçonner qu’ils l’ont bercé. Trop habitué au désordre émotionnel, Rocky. Peu étonnant lorsque l’on voit son propriétaire, Clay McSky, imbécile de grand luxe qui a eu la merveilleuse idée de jouer sa maison au casino. Et qui l’a perdue, ainsi qu’une bonne partie de sa fortune. Je ne sais toujours pas pourquoi je lui ai ouvert la porte de chez moi, quand il aurait été tellement plus délectant de le laisser dans une auberge de jeunesse d’un quartier miteux. Mais non, Maxwell, elle n’est pas comme ça. Elle ouvre la porte de son appartement, et elle accepte de recoudre un ours en peluche sans en avoir la capacité physique ou intellectuelle. Ce soir, Clay est sorti, je ne l’interroge plus sur ses magouilles, elles m’importent peu en réalité, et j’avais un autre problème bien plus important à résoudre.

Au bout de quelques dizaines de minutes, la sonnette retentit. J’ouvre la porte en grand, effarée, et lui intime de me suivre à travers l’appartement. Rocky a relevé ses yeux clairs et somnolants sur le nouveau venu.

« Je suis désolée de te faire venir à une telle heure mais je ne savais plus quoi faire. J’suis désespérée, Dani, et je ne savais pas qui appeler… »

Je fais les cents pas dans le salon, une main nerveuse passée dans mes cheveux bruns dont de rares boucles demeurent. Ma respiration est toujours hachée, et mon cœur bat toujours frénétiquement. Si cela continue comme ça, je vais risquer un arrêt cardiaque. La rupture est imminente.

« J’ai tenté de m’en sortir mais j’ai tout empiré, je ne comprends pas comment ça a pu arriver. Une minute, il semblait bien, et celle d’après… il a craqué. Tout a cédé, et je n’ai rien pu faire. Je ne comprends pas comment les gens comme toi font pour gérer ça… »

Je me retourne vers lui, épuisée. Je ne sens plus mes doigts, à force d'avoir tenté de faire passer de multiples fils, ou d'avoir tiré mes cheveux trop fort. Le chas de l'aiguille semblait être de plus en plus exigu, comme s'il était simplement possible qu'il se referme lorsque mon fil s'y frayait un chemin. Ces choses-là doivent être ensorcelées, ou victimes d'une malédiction, je ne vois pas comment cela serait possible autrement. A moins que cela soit à moi que l'on ait jeté un sort ? Impossible. Je passe en revue les visages de tous ceux qui m'en veulent. Complètement possible.

« Je crois que j’ai tout empiré. Je suis médecin, j’aurais pu le sauver, mais je sens que… j’ai fait tout ce que j’ai pu… mais…. », continué-je sur un ton dramatique.

Mes épaules s’affaissent, de fatigue comme de douleur, par l’importante épreuve à laquelle je n’ai eu de cesse d’échouer, et à celle qui nous attend désormais. Le quiproquo que je dessine depuis plusieurs minutes ne me saute pas aux yeux, tellement l’épuisement a prit possession de mon corps, jusqu’à ma force mentale. Pour moi, c’est comme si je venais effectivement d’assassiner cet ours en peluche en voulant le sauver. Le coton, la laine, le synthétique ou autres tissus au nom trop étranger pour être mémorisé, tous, sont bien différents des tissus cutanés. Dans un dernier soupir de fatigue, je m’efface et laisse apparaître l’ours en peluche estropié derrière moi, en évidence sur la table en bois vernis. Tout mon nécessaire de couture, emprunté – voire amicalement dérobé, si l’on est pointilleux sur les termes choisis – à la voisine du dessus qui ne m’avait même pas vu entrer, est étalé sur la surface plane. De nombreuses tasses de café gisent autour de ce joyeux désastre. Il y a même une tasse de thé, à moitié entamée. J’ai tenté un mélange, je n’ai pas aimé. Et une couture avait craqué, alors j’avais moi-même craqué, et oublié d’aller jeter cette infamie.

« Un enfant, à l’hôpital, en a besoin pour dormir. Mais il s’est déchiré, et il m’a demandé de le recoudre… Comment ai-je pu être si faible face à son regard ? Comme si ça lui rendait service, que je cède ! Je ne sais pas coudre ! Et ça, un regard ne peut pas le changer. Je devrais le savoir, non ? Pourquoi est-ce simplement maintenant que je m’en souviens ? J’ai tellement besoin de ton aide, Dani… Ailill m’a dit que tu savais coudre, alors… »

Je désigne le chantier d’un geste ample de mes deux bras, comme s’il ne valait même pas le coup d’être présenté en bonne et due forme. Perdu d’avance, c’est tout ce qu’il est.
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Daniel Aberline
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Ven 4 Jan - 23:40

De fil en aiguille
Daniel & Svetlana

Être en congé, c’est cool, quand on est pas hyperactif et monté sur ressort, comme moi. Je passe mes journées à faire du télétravail depuis le début du mois de décembre, ou à fouiller les internets à la recherche d’activités à faire avec Lili une fois que nous serons en Finlande, perdus au beau milieu de paysages enneigés et époustouflants. Dans le plus grand secret, j’ai également deux événements à préparer : cette visite surprise d’une maison à Staten Island, en espérant que Lili craque et accepte d’acheter ce bien que j’estime être parfait pour nous deux et notre fille, et la demande en mariage, que je compte faire le jour de l’anniversaire de ma petite amie, afin qu’elle ne se doute de rien. Ce soir, pourtant, je suis bien loin de ces préoccupations, installé dans le canapé, à côté de Lisbeth. Pour la énième fois de la semaine, elle m’avait proposé que l’on regarde ensemble l’une de ces comédies romantiques à l’eau de rose et comme d’habitude, j’avais protesté en soupirant et pestant bruyamment alors qu’au final, pendant le visionnage du dit film, je suis peut-être le plus captivé des deux. D’ailleurs, ce soir - comme tous les autres -, mes yeux sont rivés sur le baiser que s’échangent Hugh Grant et Julia Roberts dans Coup de foudre à Notting Hill, jusqu’à ce que Lili quitte le sofa pour m’embrasser et me signaler qu’elle est fatiguée et qu’elle préfère aller dormir tôt ce soir. J'acquiesce sans protester, lui précisant que je vais encore un peu regarder la télévision avant de la rejoindre. Dès qu’elle a refermé la porte de la chambre, je tapote dans mon coussin rose et fluffy pour lui donner plus de moelleux et enfonce ma tête dedans, rabattant le plaid lavande jusqu’en dessous de mon menton. Je suis l’histoire avec intérêt, jusqu’à ce que mon téléphone portable se mette à vibrer furieusement sur la table basse. Je n’y prête pas attention, restant concentré sur le film, jusqu’à ce qu’il vibre deux fois, puis une troisième fois. Intrigué, je me redresse pour m’asseoir, enfile mes lunettes abandonnées sur la table et d’un mouvement fluide du pouce sur l’écran tactile, je déverrouille celui-ci. 3 nouveaux messages : Svet. Je fronce les sourcils, intrigué, et commence à lire les textos envoyés par la meilleure amie - ou devrais-je plutôt dire ex meilleure amie - de mon cousin. Elle n’est pas vraiment claire, mais ça a l’air urgent, assez pour que je doive me pointer chez elle maintenant, alors qu’il est déjà assez tard. Je soupire, pas parce que ça me saoule, mais parce qu’avec Svetlana Maxwell, je peux clairement m’attendre à tout : un meurtre comme une transfusion de sang clandestine qui aurait mal tourné. J’en viens même à me demander pourquoi elle s’adresse à moi précisément : je n’ai pas de connaissances particulières pour planquer un cadavre ou arrêter les hémorragies. Mais peut-être qu’après mon grand retour de l’île en tant que survivant, Ailill lui a trop bien vendu mes capacités d’adaptation étonnantes.

Je quitte le sofa, laisse un mot sur le plan de travail de la cuisine à l’attention de Lili - histoire qu’elle ne s’inquiète pas si elle se lève pendant la nuit et qu’elle ne me trouve nulle part dans l’appartement - enfile mon manteau, mon écharpe et mes gants pour emprunter l’ascenseur et rejoindre le parking de l’immeuble. Je grimpe à l’intérieur de ma voiture, entre l’adresse fournie par Svetlana dans un de ses textos dans le gps et me mets en route en suivant les indications de la voix métallique et monocorde. Au bout d’un bon quart d’heures, j’arrive enfin au bon endroit. Je gare la Porsche et sans attendre une seconde de plus, je me précipite vers la porte d’entrée pour écraser la sonnette d’un doigt fébrile et nerveux. Aussitôt, Svetlana m’ouvre, les cheveux complètement en bataille et le regard apeuré. Je la dévisage sans savoir quoi dire, sans savoir à quoi m’attendre. 《Y a aucun problème, t’en fais pas. Justement, tu as bien fait de m’appeler.》 lui dis-je pour tenter de la rassurer. Je suis la jeune femme à l’intérieur, l’observant tourner en rond, complètement prise de panique. Je referme la porte derrière moi, l’air interdit, me demandant ce qu’elle va bien pouvoir m’annoncer. J’essaye de donner du sens à ses paroles nébuleuses et énigmatiques, ne comprenant pas trop ce que je suis en mesure de gérer et qui serait hors de sa portée. 《Pour gérer quoi ? Tu commences à me faire flipper, là, Svet. T’as pas envie de cracher le morceau ?》 L’anxiété commence à s’emparer de moi et rend mon ton particulièrement sec et froid, sans que je m’en rende compte. 《Putain, Svet, tu te rends compte que si y a un type qui est en train de se vider de son sang dans ton salon, je te serai d’aucune utilité, hein ?》 Après avoir poussé un ultime soupir résolu, la jeune femme s’écarte enfin et me laisse entrevoir, au travers de mes lunettes, une masse sur la table à quelques mètres de nous. Je lance un regard interrogateur à la russe avant de m’avancer pour comprendre enfin de quoi il s’agit. Ses paroles deviennent soudainement plus claires, et je ne peux m’empêcher de lâcher un long soupir agacé, en laissant tomber ma tête en avant. 《T’as conscience que je me suis imaginé le pire en lisant tes textos ?! J’ai cru que tu avais buté quelqu’un, ou qu’un type était entré chez toi !》 pesté-je avant de me tourner vers elle, pour refermer mes deux mains gantées sur ses épaules. 《T’imagines à quel point je me suis inquiété ? À quel point j’ai angoissé ? Pour que tu me dises, quand j’arrive, que tu parviens pas à recoudre un trou dans le doudou d’un morveux ?!》 Je la secoue légèrement, avant de daigner la lâcher pour reprendre mon numéro dramatique. 《En plus, tu m’as fait rater la fin d’un Coup de foudre à Notting Hill, tu te rends compte ?! Heureusement que j’ai eu la présence d'esprit de l'enregistrer…》 Je me détourne déjà de la jeune femme pour m’avancer vers la table et estimer l’ampleur des dégâts. 《Mais bon, comme je suis là, je vais quand même t’aider. J’espère que t’as de quoi me dédommager par contre, avec de l’alcool ou du café par exemple.》 réclamé-je en retirant mes gants et en les jetant sur la table. Si Svet me propose à boire, je sais d’avance que je ne pourrai pas me contenter d’un seul verre, et que je devrai rentrer en taxi, mais ça ne me dérange pas. Je me débarrasse de mon manteau et de mon écharpe pour les poser sur le dossier de ma chaise, sur laquelle je m’installe. Je réajuste mes lunettes sur mon nez et attrape le nounours pour l’ausculter. 《En tant que médecin, t’es pas censée savoir recoudre des gens ?》 demandé-je en constatant que Svetlana s’y était prise avec la délicatesse d’un bûcheron qui aurait tenté de couper une pâquerette avec sa tronçonneuse. 《Bon, t’as un dé à coudre déjà ?》
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Sam 9 Fév - 20:11

De fil en aiguille

La fatigue physique s'est mêlée à l'épuisement psychologique, ouragan destructeur venu prendre possession de mes dernières réserves de contrôle. Si tant est que j'en ai un jour eu une once exploitable, et que je ne sois pas un électron libre qui se serait trompé de molécule. Un ouragan qui se heurte au calme et à la bienveillance de Daniel, qui tempère un cyclone dans lequel il n'a pas demandé à être impliqué. Mais, très vite, tandis que je fais les cent pas, que mes pas claquent les uns après les autres  sur le parquet du salon, je réalise une évidence. Mon anxiété déteint sur lui, inévitablement, et qui pourrait nous en blâmer, la situation est telle que personne ne pourrait y échapper. Mais il se passe bel et bien la même chose, un refrain qui ne cesse jamais de revenir, qu'on ne peut jamais éviter, et qu'on oublie entre les couplets. Cette vieille musique dont on ne se souvient jamais du nom, mais dont l'air reste en tête pendant une journée entière. Je pense beaucoup trop à ce qui s'est passé avec mon petit malade, celui que j'ai tiré vers le bas au lieu de panser les blessures de son cœur. Tout aurait pu... tout aurait dû se dérouler autrement.
J'entends vaguement Daniel me réprimander. Pourquoi pense-t-il qu'un type est en train de se vider de son sang dans mon salon ? Je pense qu'il est de mauvaise humeur, Aberline, pour être d'aussi mauvaise foi. Ce n'est pas quelque chose qui m'arrive tous les quatre matins, il m'a prit pour qui, Al Capone ? Ça a dû m'arriver... quoi... cinq ou six fois ? Dans toute une vie, c'est vraiment peu. En à peine plus de vingt-sept années d'existence, équivalent à neuf mille neuf cent jours, à la louche, j'arrive à une fréquence de 0,0006, ce qui est tout de même très bas. La glycémie de la plupart des américains est bien plus haute, et pourtant, il ne me semble pas qu'on en fasse toute une histoire. Lorsque je m’efface, dévoilant l'étendue du carnage, je m'attend à ce qu'il réalise l'ampleur de la situation. Pourtant, il pousse un long soupir agacé, comme si tout ça n'était rien, d'aucune importance. Et ça en a une, bien plus grande que ce qu'on pourrait imaginer. Ou alors, c'est encore ce que la plupart des imbéciles caractérisent de pathologique, chez moi, alors que je suis juste un tantinet trop passionnée, voilà tout. Je m'apprête à lui faire comprendre qu'il s'agit d'une situation à ne pas prendre à la légère, lorsqu'il enchaîne, ne me laissant pas l'occasion de répondre. Coup de foudre à Notting Hill. Vraiment. Toute anxiété s'évapore, d'un seul coup, et j'interdis quiconque de parler de sautes d'humeur, je nierai en bloc. C'est beaucoup dire, pour quelqu'un comme moi, qui assume tout avec le plus grand aplomb, et qui ne nie jamais une évidence.

« Attend, Dani… T’es en train de m’engueuler parce que t’as raté la fin de … Coup de foudre à Notting Hill ? Putain, tu sonnes comme si t’avais déjà 45 ans ! », m’exclamé-je en ne pouvant atténuer le fou rire qui me prend, en l’imaginant dans ses pantoufles, à chialer devant un film romantique que même moi, je ne peux pas voir en peinture.

J’ai appris la grossesse de Lisbeth il y a un moment maintenant, grâce notamment à notre reine des commérages, celle qui ne recule devant aucun de nos plus sombres secrets. J’apprécierais d’ailleurs qu’elle nous oublie un petit peu, qu’elle nous range dans un coin de sa tête et nous foute la paix. Mais elle n’a pas l’air décidée à renoncer à ses privilèges. J’opine, amusée, à la requête de Daniel. Il se pourrait qu’en effet, le faire traverser la ville si tard mérite un dédommagement. Je me dirige vers la cuisine et ouvre la boite dans laquelle sont rangées les capsules de café. J’y trouve un bouchon de bouteille de lait. Et c’est tout. Je ferme les yeux quelques secondes, faisant passer la surprise et la déception qui m’atteignent. Je n’avais pas remarqué que nous manquions de café, et pour cause, je prend toujours le mien à l’hôpital. Y passant mes journées, et la plupart de mes nuits, je me soucie rarement de ce genre de problèmes. Ce qui arrange également mon banquier, je ne peux pas en douter. Je me hisse sur la pointe des pieds et ouvre un autre placard, celui dans lequel sont stockés les alcools. Il est plein à craquer. Je ne ferai aucun commentaire sur notre hygiène de vie, du moins, depuis que Clay a ramené beaucoup plus de whisky que de vêtements, dans sa valise. J’attrape une bouteille, deux verres adaptés, et prend place à côté de Daniel. Le liquide d’ambre se verse dans les verres brillants, et je fais glisser l’un d’eux sur la table brune, en direction de mon ami.

« Clay n’a pas racheté de café, par contre, il ne vit pas sans whisky. J’en viens à me demander s’il ne s’en fait pas des transfusions, des fois », plaisanté-je en sachant pertinemment que c’est faux, du moins, en l’espérant très fort.

Je lui tend un dé à coudre, surprise qu’il en connaisse jusqu’à l’utilité. Ailill ne s’était pas trompé. Et la voilà, l’accusation logiquement amenée, comme si un médecin devait tout savoir faire, et c’est probablement le cas. Mais je ne compte plus le nombre de gardes que j’ai dû enchaîner, les nuits dernières. Je suis constamment poussée par mon adrénaline, et mon ambition démesurée, happée par ce besoin de compenser mes potentielles sautes d’humeur par mon omniprésence. Que les médecins titulaires sachent qu’ils peuvent compter sur la petite russe qui braille plus qu’elle ne chuchote. Je n’ai pas envie d’avoir à aller à Chicago ou encore à Seattle, pour trouver un hôpital qui veuille bien m’embaucher, une fois que je serai devenue neurochirurgienne. Quelques emplois sont pourvus, au Lenox, et je compte bien faire partie de cette élite d’élèves à qui on réservera une place.

« Ce ne sont pas vraiment les mêmes aiguilles, et puis, je recouds des gens, pas des trucs qui s’effritent à peine on les touche… Et j’ai pas dormi depuis 48 heures, aussi, ça doit pas aider…, soufflé-je avant de le regarder, mon indexe pointé dans sa direction. Je t’interdis de te foutre de moi, d’ailleurs ! On verra lequel de nous deux rira, quand ton gosse sera né et que tu ne pourras même plus dormir de la nuit ! »

Je n’ai jamais vraiment été portée sur les enfants, mon absence de frères ou de sœurs ne devant pas aider. Autant, le fait de ne jamais avoir eu de repère féminin ne m’a jamais dérangé pour m’épanouir, autant j’éprouve de plus grandes difficultés à me projeter en tant que mère. Ma vie est bien trop mouvementée, personne ne placerait une petite barque dans une immense tempête. Un léger sourire flotte sur mes lèvres, tandis que l’ambiance devient plus volatile.

« Tu n’as pas peur ? De devenir père, je veux dire, ça ne t’angoisse pas trop ? »

Voix douce, simple question, mettant un pied dans l’inconnu. Ne pas savoir allumer une lumière et marcher à tâtons, s’aventurer dans un sujet inconnu, ne pas savoir comment l’aborder.
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Daniel Aberline
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Mar 5 Mar - 22:03

De fil en aiguille
Daniel & Svetlana

Svetlana, postée devant moi, droite comme un i, s’écarte enfin légèrement pour laisser pénétrer, dans mon champ de vision, la table sur laquelle repose un ours en peluche à moitié éventré, duquel quelques morceaux de tissu cotonneux s’échappent comme des boyaux laissés à l’air libre. Je m’approche, les sourcils froncés, réalisant que c’est bien ce sinistre désastre qui est à l’origine de la panique qui secoue l’étudiante en chirurgie. Je jette un regard en biais vers elle, me demandant pendant quelques secondes si elle est vraiment sérieuse ou si elle est en train de se payer littéralement ma tête. D’une seconde à l’autre, je m’attends à ce que toute l’équipe de tournage d’une caméra cachée sorte de l’une des armoires, ou de la salle de bain, mais l’air parfaitement sérieux et impassible de Svetlana me laisse penser qu’il ne s’agit pas d’un canular. Résigné, je pousse un soupir avant de venir m’installer sur l’une des chaises qui entourent la table. Me parant de mon air le plus sérieux, tel le chirurgien se préparant à entamer une intervention délicate, mes traits se tirent en une expression extrêmement sévère. D’une voix tout à fait assurée, comme si cette explication n’avait absolument rien de gênant, je reproche à Svetlana de m’avoir arraché à ma télévision tandis que j’étais occupé à regarder Coup de foudre à Notting Hill. Sa remarque un peu moqueuse a de quoi irriter légèrement mon ego. Je fronce le nez et me redresse sur mon siège, tentant de me convaincre que la bave du crapeau n’atteint pas la blanche colombe sur ce genre de sujet, même si la volaille a perdu de sa superbe en prenant des habitudes de pintade en fin de vie, un peu trop confortablement installée dans son poulailler. « Si tu passais tes journées à côtoyer des gens sans coeur qui ne pensent qu’à leur fortune, toi aussi tu te jetterais sur ta dose d’émotions hebdomadaire, même si elle est complètement superficielle ! » marmonné-je en haussant les épaules, comme si j’essayais de trouver des excuses à la vacuité d’une activité parfois nécessaire quand on a le cerveau constamment stimulé.

Je baisse les yeux vers la peluche, toujours inerte et éventrée, me demandant ce qu’on a bien pu lui infliger d’aussi sordide pour qu’elle se retrouve dans cet état. Je relève les yeux vers Svetlana qui, malgré toute sa bonne volonté, semble avoir davantage empiré les choses, au lieu de les améliorer. Avant de me mettre au travail, je lui réclame de quoi me motiver suffisamment : un café ou un verre d’alcool. Je me munis du dé à coudre prêté par la jeune femme et y place le bout de index droit. La couture, c’est peut-être l’une des rares tâches manuelles que je sois en mesure d’exercer. Pas que je sois incapable d’en effectuer d’autres, mais je ne me suis jamais donné cette peine parce que ce n’était pas nécessaire (si on oublie l’épisode de l’île qui remonte à cet été). Mes mains sont d’ailleurs trop douces et délicates pour prétendre à une quelconque tâche ingrate et souillante, et la cuticule de mes ongles, brillante et lisse, démontre que je n’ai aucune activité très exténuante qui soit en mesure de les abîmer. Svetlana fouille ses armoires, et l’une d’elles notamment recèle de nombreux trésors en matière d’alcool. Un sourire amusé s’empare de mes lèvres face à ce cliché presque trop reluisant de l’alcoolisme russe. Je suis tout de même un peu étonné de ne pas apercevoir la moindre bouteille de vodka au milieu de toutes les autres… Svetlana me sert un verre en évoquant un certain Clay dont je ne sais que peu de choses, finalement. Il n’en faut pas plus à ma curiosité pour y voir là une occasion de se manifester. « Au fait, Clay, c’est juste ton coloc’ ou c’est ton amoureux ? » Un petit sourire espiègle se dessine sur mes lèvres tandis que je me saisis de l’aiguille abandonnée, dans le chat de laquelle pendouille lamentablement un fil dont la couleur est semblable à celle de l’ours. Comme je peux, je tente de répartir le rembourrage de manière homogène, jusqu’à ce que la peluche retrouve son aspect dodu. J’enfonce alors la pointe de l’aiguille dans le premier pan de la fente afin de le joindre à l’autre grâce au fil. « Mouai… Des excuses tout ça ! » lui lancé-je avec un petit sourire taquin, coinçant l’aiguille entre mon index et mon pouce pour pouvoir prendre une gorgée de whisky sans perdre le fil de mon opération. « Tu avais beaucoup de boulot à l’hôpital je suppose ? » finis-je par lui demander d’une voix inquiète en reposant le verre sur la table, me pinçant les lèvres pour savourer les dernières gouttelettes de whisky restées sur mes lèvres. Svetlana a effectivement la tête de quelqu’un qui n’a pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures : cernes visibles à dix kilomètres, traits tirés, yeux rougis…  ‘Faut croire que la vie de médecin, c’est pas simple tous les jours. « MOI ?! Me foutre de toi ? Comment oserais-je ? Je n’ai pas envie de finir en charpie, comme cet ours en peluche… » m’offusqué-je en plantant une dernière fois l’aiguille dans le tissu. « T’as des ciseaux ? » demandé-je à Svetlana d’une voix distraite, afin de couper l'excédent de fil qui dépasse de l’ours. Lorsque ce bout de polyester sera enfin recoupé, ce malheureux accident de parcours sera de l’histoire ancienne. La peluche pourra être rendue au morveux, et tout est bien qui finit bien. La question de Svetlana me fait déglutir bruyamment. Peur ? J’en sais trop rien, à vrai dire. Même si le ventre de Lili s’arrondit au fil des mois qui passent, cette grossesse reste extrêmement abstraite. Est-ce que je suis vraiment en train de réaliser que je vais être père d’ici quelques semaines ? Je n’en suis même pas sûr. « Ca va… » mens-je en poussant un soupir. « Enfin, je crois… Disons que j’ai peur de pas gérer la pression. » J’attrape mon verre encore à moitié rempli et le porte à mes lèvres pour me rincer le gosier. « La pression… C’est quelque chose qui doit te parler, à toi, non ? On subit pas le même genre de pression, mais elle est presque plus difficile à endurer pour toi que pour moi… Toi, tu as des vies entre tes mains. » Je place le verre à hauteur de mon visage et, lentement, je commence à faire tournoyer le liquide ambré à l’intérieur de celui-ci. « Ca ne t’arrive jamais d’avoir envie de prendre quelque chose de plus fort pour être capable de tout gérer ? » Mes yeux se braquent à nouveau sur Svetlana. L’addiction. J’en avais encore jamais parlé à personne. Le sujet est jeté sur la table, l’air de rien, et d’une manière trop subtile. Il est encore temps de réorienter la conversation vers autre chose mais ça, c’est à Svetlana d’en décider. « Mais penser à ce genre d’alternative, ça fait déjà de moi un mauvais père d’avance, non ? J’ai peur de pas gérer le surmenage, en fait. De pas être un super-héros au quotidien pour Lisbeth et notre bébé, alors que ça devrait être le cas. Mais j’ai jamais été capable d’être irréprochable… Il y avait toujours un hic, quoi que que je fasse… » La peur d’être abandonné, la peur d’être rejeté, la peur d’être trop banal ou, au contraire, trop marginal. Des peurs incessantes qui ont toujours parasité ma vie. « J’ai surtout peur de décevoir Lisbeth… Mais si je peux lui donner l’illusion d’être parfait, sans qu’elle devine le tour de passe-passe qui se cache derrière, qu’est-ce que ça change ? » Ce qu’on ignore ne peut pas nous blesser, non ? Alors si elle n’est jamais mise au courant pour mes vieux démons, elle n’aura jamais à les affronter.
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Dim 14 Avr - 17:07

De fil en aiguille

L’argument s’impose comme une douce accalmie au sein d’une tempête dévastatrice, rien qu’à avoir le loisir de l’imaginer face à un programme télévisé inattendu. Ses justifications ne font pas perdre la situation de sa splendeur, et je visualise parfaitement Daniel, maintenant, autour de cyborgs dépourvus de cœur et avec le symbole du dollar gravé dans les pupilles. Le monde des affaires m’est tout aussi inconnu que celui de l’immobilier, n’ayant véritablement connu que le versant illégal de toute institution. Nul doute que les choses ne doivent pas se réaliser au sein d’un gang de bikers de la même façon que dans une prestigieuse agence d’immobilier, auprès de « gens respectables ». C’est un sourire qui s’était imposé sur mes lèvres malgré la panique, chose absurde que Daniel est l’un des seuls à pouvoir provoquer chez moi, impossible de s’énerver trop longtemps en sa présence tellement son aura est emplie de sérénité.

La surface de bois s’apparente bien trop à une table d’opération, avec le sentiment amer de ne jamais vraiment avoir quitté le travail, et le lot d’anxiété que cela peut bien provoquer dans le cerveau des chirurgiens. Ou apprentis. Résidente, c’est déjà un pas de plus vers mon rêve, que je touche du bout des doigts, et que je me permet souvent d’empoigner, aussi, lors d’opérations réalisées en solo. La question qu’il me pose m’apparaît comme un véritable coup asséné, tandis que je manque d’avaler de travers, et que mes yeux sont devenus deux billes.

« Mon coloc. », réponds-je un peu trop vite, comme pour écarter le plus rapidement possible la question, et éviter d’y réfléchir trop longtemps.

Parce que c’est bizarre, parce que j’ai toujours été dans mon royaume de déni qui me semble juste assez confortable. Parce que je ne peux m’empêcher de l’assimiler à son frère, peu persuadée de savoir si j’aimerais qu’il lui ressemble davantage ou qu’il n’ait rien à voir avec lui. Partagée entre deux choix antagonistes, juste par le fait d’avoir un jour fait l’erreur d’être trop amoureuse de la mauvaise personne. Tomber plus bas chaque jour et espérer que la chute s’allonge, s’éternise, en prenant soin de ne jamais lever les yeux au ciel, de peur de voir ce que l’on a perdu et ce dont on s’éloigne. Clay, ce n’est rien d’autre que Clay. Celui que je connais depuis assez longtemps pour lui donner l’intégralité de ma confiance, jusqu’à lui confier ma propre vie sans ciller. Pourtant, le goût amer de la méfiance ne me quitte jamais, probablement à force de l’avoir vu assassiner des gens de sang froid, et pourtant, au fond, je sais que ce n’est pas seulement ça. Il n’est pas que ça. C’est difficile de s’approcher d’un gouffre, lorsque l’on garde en soi les images de notre dernière chute. Suis-je seulement en train d’envisager une nouvelle chute ? Non, ce n’est qu’un vaste malentendu, cette gorgée de whisky a dû me monter à la tête trop vite.

« Ouais… J’ai même pas l’impression d’avoir débauché. Je ne compte plus mes heures, je dois me démarquer auprès des titulaires si je veux un poste au Lenox à la fin de ma formation. Mais tu sais ce que c’est aussi, non ? De devoir toujours prouver aux autres que tu es compétent ? Que tu mérites leur confiance ? »

Ma voix s’est posée, consciente du milieu difficile dans lequel il évolue également. Sa blague – ou devrais-je dire, son affront – m’arrache un rire et je le frappe gentiment sur l’épaule en signe de contestation. Je reviens au bout de quelques secondes, une paie de ciseaux dans les mains, que je lui tend avant de m’effondrer sur la chaise à côté de la sienne. Son soupir semble lourd, comme si trop de choses pesaient sur sa poitrine sans qu’il n’ait réellement pris le temps de s’en formaliser. J’aimerais être ce genre de personne qui sait à quoi ressemblent des relations saines afin de savoir comment le rassurer. Lui dire que tout ira bien, et en être persuadée. Connaître les rudiments des relations amoureuses et savoir comment ne pas tout flinguer. Au fond de moi surgit cette peur, celle de donner de mauvais conseils, d’être une mauvaise amie, de ne rien savoir gérer, comme d’habitude.

« Dani…. Toi aussi, tu auras une vie entre tes mains, c’est tout à fait normal de te sentir angoissé par une telle pression… »

Sa question reste en suspens et mon rythme cardiaque se fige, le myocarde parti en haut-le-cœur, un joyeux salto resté bloqué dans les airs. Est-ce encore au stade de la simple idée ? Est-il déjà devenu addict à ces substances ? Lesquelles ? Ses yeux sont braqués sur moi, j’essaie de lire en lui, tout est trop flou. La réalité s’éloigne de ce que j’aurais pu envisager, tellement qu’il me faut quelques secondes pour l’assimiler, et Daniel reprend son explication.

« Est-ce que… tu prends quelque chose, Daniel ? », m’enquis-je avec un regard méfiant, des mots prononcés trop lentement, chaque syllabe détachée. 

Un silence se pose et s’étend, la chaise de bois devenant rapidement inconfortable, et le corps qui se tend jusqu’à m’empêcher de bouger, d’esquisser le moindre mouvement de peur de rompre ce lien qui se tisse. Je prend une inspiration, profonde et se voulant longue, mais qui ne dure pas plus d’une seconde.

« Lisbeth et ton bébé n’ont pas besoin d’un super-héros. Ils ont juste besoin de toi. Tu ne vas pas être irréprochable. Tu vas même sûrement faire de la merde par moments. Mais être père, ça s’apprend, Dani. Lisbeth aussi, elle va se tromper, et elle le sait. Tu l’aimeras moins, si elle fait des erreurs ? Moi, je ne pense pas. Tu sais qu’elle n’est pas parfaite, personne ne l’est. Mais crois moi, prétendre être quelqu’un d’autre, c’est une véritable connerie. Ça changera tout, justement, et pas dans le sens que tu crois. C’est pas grâce à ces trucs là que tu as réussi à avoir quelqu’un comme Lisbeth dans ta vie, Aberline. C’est grâce à toi. La personne que tu es. C’est cette personne qu’elle a besoin d’avoir à ses côtés. »

Je rompt son regard une seconde, le whisky glissant le long de ma trachée. Un acte sensé me donner du courage, c’est ce qu’ils disent, dans les livres, dans les films. Mais je ne ressens rien de tout ça, si ce n’est de l’appréhension, comme à chaque fois que je dois faire rentrer quelqu’un dans mon monde, alors que je le pensais déconnecté d’un tel univers. Je ne peux pas l’observer sauter sans rien faire, sans rien dire, rien avouer.

« Crois moi… Tomber là dedans ne te rendra pas parfait. Tu penseras être capable de tout faire. Des ailes dans le dos, hein. Mais c’est vraiment ça, le mot, on « tombe », et t’as rien pour te rattraper. On te dit que c’est temporaire, mais c’est des conneries, Dani. »

Ma voix se termine en chuchotement, et mes yeux se braquent sur les faibles lumières d’Harlem à travers la baie vitrée. J’ignore ce qu’Ailill a bien pu lui dire de moi et de mes inclinations. Certainement pas quoi que ce soit à propos de ma rechute, bien trop récente, propulsée par ce souvenir lugubre à l’hôpital où j’ai annoncé à ma lueur d’espoir que je ne ferai plus partie de sa vie. Ni lui, de la mienne. Sauter dans le train ou laisser partir le dernier wagon, un choix déchirant que j’ai fini par faire à contre cœur. Un choix qui n’a eu de cesse de briser ce qu’il reste encore d’entier en moi, et le besoin de recoller ces morceaux avec quelque chose de plus fort, ma poudre dont la toxicité me fait l’aimer encore davantage. Cette pensée fait remonter des fourmillements dans mes veines, dans mon corps qui semble trembler dans son entièreté, juste assez pour me faire légèrement vriller. La pulpe de mes doigts appuie distraitement sur la zone estropiée par les aiguilles, où des tâches d’hyper-pigmentation demeurent encore sous la manche de mon chemisier.
On tombe, et c’est tout ce qui compte. Parce qu’à ce moment-là, on est persuadés de le faire bien. S’en persuader jusqu’à oublier qui on était.
Je suis gouvernée par des aiguilles, mais j’ai perdu le fil.
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Mer 1 Mai - 20:39

De fil en aiguille
Daniel & Svetlana

Une réponse trop courte, trop brève, trop concise pour être honnête. Une réponse qui trahit un malaise plus qu'évident et qui me fait relever la tête vers mon interlocutrice. Je devine qu'elle ment, et elle ment très mal d'ailleurs. Cette idée m'arrache un petit sourire amusé, que j'ai bien du mal à cacher. Je plante l'aiguille dans le tissu duveteux de la peluche, qui se laisse recoudre sans rechigner. Et en même temps, si elle avait protesté, sans doute que j'aurais pensé avoir sérieusement besoin de rattraper mes heures de sommeil perdues dans d'interminables insomnies. « Tu mens mal, Svetlana. » lui réponds-je avec ce petit sourire narquois et énigmatique posé sur les lèvres, sans prendre la peine de la torturer avec une autre question indiscrète. Je coince l'aiguille entre la pulpe de mon pouce et de mon index, le temps de prendre une gorgée du whisky gracieusement servi par la jeune femme. « Et avec un horaire aussi... Dingue, t'as pas l'impression de passer à côté de ta vie parfois ? » La grande question qui oblige toujours à faire ce choix éternel entre sa vie sociale et sa vie professionnelle, parce qu'il n'y a décidément pas suffisamment d'heures dans une seule journée, et qu'on est toujours contraint de sacrifier l'un au détriment de l'autre. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de faire appel à une assistante au début du mois de janvier, afin de pouvoir lui passer le relais d'ici la fin de la grossesse de Lili, histoire de ne pas louper les premiers instants de vie de notre fille à cause d'un emploi du temps trop chargé.

« Oui, je connais ça aussi. En plus, je suis dans la position inconfortable de l'héritier, celle qui exige qu'on doive encore plus prouver aux autres employés qu'on mérite ce poste, déjà qu'on se l'est vu offrir sans avoir à passer le moindre entretien... » soupiré-je en haussant mollement les épaules, me demandant encore à quoi aurait pu ressembler ma vie si j'étais resté aux côtés de ma mère, au lieu de quitter le Danemark pour aller vivre à New York avec Edward. Peut-être que j'aurais pu exercer un boulot vachement plus modeste à Aalborg, que je n'aurais jamais fait d'études ou que je serais devenu marin. Mais peu importe les perspectives possibles, je n'aurais sans doute jamais rencontré Lisbeth, ni Ailill, ni Ellen, ni Svetlana... Bref, aucune des personnes qui comptent pour moi aujourd'hui. J'en aurais sûrement rencontré d'autres, mais je suis certain qu'elles n'auraient pas été aussi bien. « Je sais que c'est normal, Svet, sauf qu'une fois que la luciole sera là, je pourrais pas laisser mes angoisses prendre le dessus... » Je pique à nouveau dans le tissu avec l'aiguille, jusqu'à refermer cette plaie fictive, au point qu'elle en devienne invisible. À l'aide des ciseaux, je coupe l'excédant de fil qui dépasse de la couture et je profite de cet instant pour lâcher une bombe au milieu de la pièce, au milieu du silence, au milieu de cette ambiance presque trop légère pour supporter un tel aveu. C'est pourtant cette confession qui m'échappe à cet instant précis. Aveu que je n'ai jamais fait à qui que ce soit, parce que c'est un secret trop lourd à porter et que le déni est une perspective bien plus facile à envisager. Puis, de toute façon, qui aurait compris ? Personne. Et rien ne me dit que Svetlana sera en mesure de comprendre, au final. « Oui. » réponds-je d'une voix étouffée, ténue, presque gênée par l'ampleur de la révélation. « Je suppose que tu dois me prendre pour un pauvre type, maintenant, non ? » demandé-je avec un rire sarcastique et plein d'amertume.

Je dois désormais reconnaître que je ne suis qu'un humain, un pauvre mortel faillible, et ça me fait mal. Svetlana, elle, semble plus que compréhensive vis-à-vis de ça. Ses paroles ont, d'ailleurs, quelque chose de réconfortant : elles ont l'effet d'un baume sur une plaie suintante de pus. Ça soulage, même si ça n'extrait pas l'infection de la blessure. Je tourne doucement la tête dans la direction de Svetlana, osant à peine affronter son regard. Je ne me sens pas jugé, pour une fois, mais j'ai peur de l'être, malgré tout, comme si Edward rôdait encore dans les alentours et était en mesure de désapprouver cet énième mauvais choix. « Oui, mais je lui ai menti, Svet. Comment tu peux encore affirmer que tu aimes quelqu'un que tu ne connais pas totalement ? Du jour au lendemain, tu découvres un pan de la vie de cette personne, que tu ne connaissais pas, alors que tu pensais que vous n'aviez aucun secret l'un pour l'autre... Ça gâche tout, non ? Et les mensonges, ça finit toujours par se savoir. Tu peux pas vivre avec quelqu'un en portant chaque jour un masque, sans qu'il ne finisse par se fêler au bout d'un moment. Et ça, je pense pas que ce soit le genre d'erreur que Lisbeth puisse me pardonner. » Comme un curieux pressentiment, une prémonition que je crains chaque jour de voir se réaliser. Je pose l'aiguille et le fil sur la table en bois, juste à côté du verre de whisky, vidé de son contenu. Sur la surface en verre, il ne reste que quelques gouttelettes péniblement accrochées. « Sauf que c'est trop tard, Svet... » Svetlana qui parle comme si un choix s'offrait encore à moi, comme si mon sort n'était pas encore scellé, alors que j'ai pris cette mauvaise décision il y a plusieurs années déjà, et qu'elle me poursuit encore aujourd'hui. « J'suis déjà tombé dedans, quand j'avais quinze ans. Edward m'a envoyé en cure avant que j'entre à l'université, et pendant quelques mois, j'ai décroché, mais dès qu'il a fallu que je fasse à nouveau face au stress, aux nuits blanches et au reste, j'ai ressenti à nouveau le besoin de me... booster. Et j'ai craqué. Et depuis, j'ai plus jamais été en mesure de me séparer de ça. » C'est la première fois que cette confession franchit la barrière de mes lèvres. Je me laisse tomber en arrière contre le dossier de la chaise, baissant les yeux sur l'ours en peluche toujours aussi inanimé. « J'suis peut-être un moins que rien mais au moins, j'ai pu réparer ton ours en peluche... » soupiré-je d'une voix éteinte.
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Ven 31 Mai - 16:15

De fil en aiguille

Les mensonges ne sont que l’écume d’un océan dont on tait les profondeurs. Une écume qui vole au grès du vent, et moi qui fait comme s’il n’existait pas, un équilibre vaillamment trouvé si l’on oublie la lâcheté. Beaucoup se laissent berner, ou du moins, ne trouvent pas un quelconque intérêt à me préciser qu’ils m’ont percé à jour. Beaucoup s’en foutent, aussi, tout simplement. Ce n’est pas le cas de Daniel, qui aura décidément accordé de son temps à l’étude de ma psychologie singulière, pour prêter une réelle attention à ce qu’il qualifie de mensonge. Il n’ajoute rien, et moi, je garde le silence sur ce point, comme je l’aurais fait même s’il avait choisi de s’embourber dans ce désastre émotionnel que j’empire à chaque seconde. Reconnaissante, je lui rend son sourire, en plus léger, en moins convaincu, puisque la simple évocation d’un mensonge sur ce sujet précisément me renvoi à des choses beaucoup trop inacceptables. Inenvisageables. Je me sens incapable d’admettre quelque chose qui bouleverserait à ce point chacune de mes convictions, dont les fondations sont solidement établies. Ce serait me rendre vulnérable. Je refuse d’être vulnérable. La conversation dévie, s’effile, et aborde un sens particulier défiant toute relativité du temps qui s’écoule sans jamais décélérer. Passer à côté de ma vie ? Toujours, à chaque instant, chaque seconde. Mais n’est-ce pas cela aussi, ma vie, courir après les secondes ? M’enfermer dans mon travail m’empêcher de penser au reste, à ce que mon cerveau considère comme fondamental, mais qui ne l’est pas. A l’hôpital, je suis celle que j’aspire à devenir. Celle qui parvient à laisser son addiction de côté, à enfermer ses pulsions dans un étau suffisamment serré pour y sceller toute pensée susceptible de me refaire plonger. Et, lorsque mes pieds foulent la porte de mon appartement, tout revient. Plus fort. Plus insubmersible. Alors, je baisse les armes. Occuper chacune de mes secondes ainsi ne me fait pas passer à côté de ma vie. Au contraire. Cela me fait passer à côté de la mort. J’éloigne les overdoses. J’éloigne les rechutes. Je respire. J’inspire. J’expire. Je survis.

« Je passe seulement à côté d’un versant de ma vie… Et ce n’est pas forcément le meilleur, alors… ce n’est pas plus mal, j’imagine », avoué-je avec un sourire du bout des lèvres, avant de changer de position et de me concentrer sur autre chose, signifiant la clôture de ce sujet précis.

J’écoute attentivement les insécurités de mon ami, et reconnaît aisément le revers de la médaille lorsque l’on se voit offrir quelque chose en considération de ce que l’on est.

« Les raisons pour lesquelles une opportunité est provoquée n’ont absolument rien à voir avec tes véritables aptitudes. Si on t’a proposé ce poste, c’est peut-être parce que tu es un Aberline. Mais si tu l’as obtenu et gardé, c’est parce que tu as des facultés qui dépassent l’entendement. Les gens devraient mettre leur jalousie de côté pour réaliser à quel point tu mérites d’en être là. »

Peut-être est-ce aussi quelque chose que je ressens puisqu’il m’est arrivé de provoquer les opportunités. Parfois, elles ne se présentent pas, mais cela n’a rien à voir avec nous. Parfois, on n’a juste pas la bonne couleur de peau, pas le bon genre, pas la bonne orientation sexuelle, pas la bonne appartenance culturelle. J’aurais pu m’en sortir vraiment moins bien, mais j’ai dû provoquer mon destin. Celui qui m’aurait probablement fuit, avec ma peau halée, mon genre éternellement qualifié d’incapable, et ma bisexualité assumée, ceci combiné à ma façon de l’ouvrir lorsque je devrais plutôt choisir de me taire. Une femme qui l’ouvre, ça fait désordre. Quitte à être considérée comme une salope, j’ai préféré en profiter. Leur vision de moi aurait été la même, de toute façon, alors autant en user afin de recevoir les opportunités qui me reviennent de droit.

J’observe son application à coudre le tissu fatigué, cette ambiance reposante qui aura aussi vite fait de s’alourdir. Il répond positivement à ma question. Aussi simplement, un seul mot, une voix étouffée, mais tout est si limpide. Je repose mon verre sur la table, lentement, et ne le quitte pas des yeux. Ma respiration se coupe. Pourquoi lui ? Lui, il ne méritait pas de sombrer là-dedans.

« Ce serait particulièrement malvenu de ma part, Daniel, commencé-je en laissant passer quelques secondes, incertaine de ce qu’il a appris à mon sujet. Je ne t’ai jamais vu autrement que comme un gars génial, et ce n’est pas ça qui me fera changer d’avis. Jamais, tu m’entends ? »

L’estime de soi, c’est une variation incessante de hauts et de bas, lorsque l’on atteint une détestation telle que celle du drogué qui tente de se défaire de ce qu’il pense être le plus ancré au fond de lui-même. Se détester soi, à défaut de son addiction. S’en vouloir de perdre ce qui compte le plus… ceux qui comptent le plus. Parce que tout est toujours notre faute, n’est-ce pas ? Pourquoi en serait-il autrement ? Il s’agit simplement d’un choix, le faire ou ne pas le faire, c’est aussi simple que cela, c’est ça ? Pourquoi continuer de sombrer s’il est si facile de remonter ? Un choix. Une évidence. Et pourtant, rien de tout cela ne peut être orchestré. On n’éteint pas une guerre avec un sourire.

« C’est un pan de ta vie, Dani, mais tu n’es pas seulement ça. Tu ne te résumes pas qu’à cette erreur de parcours… Je veux dire… Oui, tu as menti. Oui, c’est mal. Mais ce n’était pas un jeu, c’était… une forme de protection. Quand on a quelque chose d’aussi important à se reprocher, on ment. Et si tu avais su qu’elle comprendrait, si elle t’avait mis en telle situation de confiance, si tu avais été sûr de ne pas tout perdre… Peut-être que tout ça aurait été différent. Peut-être que tu le lui aurais dit. Pourquoi est-ce que ce serait toujours ceux qui ont besoin d’aide qui devraient se blâmer ?»

Quinze ans. Je ne peux qu’opiner silencieusement, et faire irrémédiablement le lien avec l’époque à laquelle je suis tombée là-dedans, moi aussi. Que font les autres, à quinze ans ? Vivaient-ils les papillonnements de leur première histoire d’amour, lorsque je mordais la poussière ? Tentaient-ils de rentrer après le couvre-feu, tandis que je fuguais en cavale ? Souffraient-ils de leurs premières vraies disputes avec leurs meilleurs amis, pendant que j’effrayais les miens ? Respiraient-ils ? Et Daniel, qu’a-t-il fait dans une autre vie pour être propulsé ici, la boule au ventre, la peur de perdre l’amour de sa vie… ? J’espère que Lisbeth ne fera pas le mauvais choix. Lui, il n’est pas dangereux. Il se drogue, mais il ne ferait de mal à personne, j’en ai l’intime conviction. Ce n’est pas commun, Lisbeth, c’est même rare. Pourquoi ne le vois-tu pas ?

« C’est laquelle, ta Némésis ?, débuté-je d’une voix moins assurée, sujet particulièrement sensible en situation de crise, et ma voix s’élève comme pour lui donner du courage, sauter la première, réaliser le premier pas, tendre la main. Moi, c’est l’héroïne. J’étais sobre depuis six mois.

Les derniers mots lâchés et le liquide ambré glisse le long de ma gorge, l’envie d’étouffer s’étant éprise de moi tandis que la réalité me frappe. J’avais le choix, on y revient, mais il ne s’agit sensiblement pas du même. Rester, ou partir. Continuer de vampiriser Ailill ou s’en aller. J’ai choisi de partir, loin de lui et de ma sobriété. Etais-je si éloignée de toute possibilité de saisir ma destinée, comme je tente de m’en persuader ? J’en oublie la notion de libre arbitre, avec l’ultime impression de saisir un gouvernail dont je ne comprends pas le fonctionnement, au point de me laisser porter par le vent marin jusque dans la tempête.  

« C’est arrivé comment ? »

Le regard détaché, juste assez, suffisant pour ne pas y prêter trop d’attention, lui laisser une porte de sortie dans le cas où il ne désirerait pas me raconter quelque chose d’aussi sensible. Comment. Comment on est tombé là-dedans. Comment on y est restés. Comment on a, un jour, été persuadé qu’on était en train de s’en sortir, jusqu’à se souvenir de la signification d’une addiction. Comment on a réalisé que l’on ne nageait pas vers la surface, mais vers notre épave, comme pour chercher quelque chose, quelqu’un, nous même, nos rêves. Comment ?
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Lun 8 Juil - 1:03

De fil en aiguille
Daniel & Svetlana

On dit qu'il suffit parfois de formuler les faits à voix haute pour réaliser qu'ils sont bel et bien réels. Hypocrisie cérébrale qui nous conforte dans l'idée de nous terrer dans le silence et de cacher aux autres ce qui ne devrait pas l'être. De toute manière, il est éminemment plus aisé de ne pas être confronté à ses propres erreurs, et de les maintenir ensevelie sous une montagne de terre et de gravas le plus longtemps possible, plutôt que de leur laisser une opportunité de remonter à la surface. Elles pollueraient l'air pur de leur odeur nauséabonde alors... À quoi bon ? Alors que je pensais faire partie de ces personnes passées maître en matière d'omission de la vérité, je me retrouve désormais face à quelqu'un qui me surpasse largement sur ce terrain de jeu. Sa manière d'en arriver le plus rapidement possible aux conclusions, d'écourter la conversation la concernant et de se déplacer comme si nous venions d'aborder un sujet sans grand intérêt, telle que la météo, me met la puce à l'oreille. Comme si ça s'était passé hier, je me souviens encore parfaitement des circonstances de ma rencontre avec Svetlana : elle m'avait surpris en train de pleurer dans les couloirs du Lenox, la mort du patriarche Aberline approchant à grands pas, au fil que la trotteuse de l'horloge avançait sur le cadran de son existence. Dès nos premiers échanges, la jeune femme a toujours su faire preuve d'énormément d'altruisme, même à l'égard du strict inconnu que j'étais alors. « Pourquoi tu veux toujours éviter les sujets de conversation qui te concernent d'un peu trop près ? » Svetlana qui est toujours en mesure d'épiloguer pendant des heures concernant l’existence des autres, se retrouve désormais complètement muette quand il s’agit d’évoquer sa propre vie, ses relations et ses problèmes. Qu’est-ce qui l’oblige à se taire ? La honte ? La peur ? La méfiance ? Sous mon costume d’ami de longue date, je ne suis presque qu’un étranger pour l’étudiante en neurochirurgie, qui a davantage l’habitude de disséquer des boîtes crâniennes plutôt que ses propres sentiments. « Des facultés qui dépassent l’entendement ? Tu sais que je vais finir par me prendre la grosse tête à force que tu me jettes des fleurs, comme ça. Rappelle-moi de te téléphoner la prochaine fois que mon ego aura le moindre doute. » Un rire cristallin et discret s’échappe d’entre mes lèvres au moment où je repose le verre pratiquement vide sur la table. Svet, elle trouve toujours les mots pour redonner le sourire et faire oublier les pires journées. Est-ce que ce talent porte un nom ? « N’oublie pas que je ne suis qu’un modeste agent immobilier. Moi, je ne sauve pas des vies tous les jours... Il n’y a pas de quoi en faire des caisses ! » J’éloigne le verre de moi, le faisant glisser sur le bois vernis. Si je pouvais écarter la cocaïne de ma vie aussi facilement, ce serait quand même le paradis.

La cocaïne qui est au centre de toutes mes pensées quand elle est loin, trop loin, trop loin pour me satisfaire, me débarrasser de cette insoutenable sensation de manque, me soulager, me faire oublier que je ne suis qu’un minable sans grande prétention dès que la substance n’a pas pris possession de mon corps. Svetlana semble avoir une toute autre opinion, un peu trop idéale à mon goût. J’aimerais avoir son optimisme, mais le mien s’en est allé avec le peu d’estime que j’avais de moi quand j’ai pris mon premier rail de coke. « Et si c’était c’que j’prends qui me rendait si... Génial, comme tu dis ? » Je relève doucement la tête, dévoilant mes yeux embrumés de larmes à Svetlana. « Je sais que je peux pas m’en passer, parce que je suis convaincu que je ne pourrais jamais être à la hauteur si je n’avais pas ça pour me rebooster. » Je me demande si la jeune femme comprend ce que je veux dire par là, si les mots que je prononce ont une résonance particulière pour elle. Après tout, qui peut mieux comprendre un toxico qu’un autre toxico ? Je n’ai pas encore obtenu des aveux complets de la part de Svetlana à ce sujet, mais certains signes, couplés aux insinuations d’Ailill, ne trompent pas. « Parce que c’est plus facile ? » Ma voix éclate dans le silence comme un coup de tonnerre grondant par-delà les nuages, se brisant aussitôt sur l’intonation interrogative de cette question rhétorique. « Nos proches ne font jamais que subir les conséquences de nos propres choix, alors pourquoi devraient-ils également s’en vouloir pour ça ? Ils ne sont que de pauvres victimes dans cette histoire, des dommages collatéraux. Si on a pas envie de s’en sortir malgré le soutien qu’ils nous apportent, c’est bien la preuve qu’on les aime pas suffisamment, non ? » Une voix grinçante, un ton cynique, un sourire sarcastique et une pincée de sel dans les mots. Ça a toujours été plus simple de juger et de pointer du doigt les erreurs de ceux qui sont déjà en tort, plutôt que d’essayer de les aider. Un constat amer qui ne m’enchante pas, mais que je n’ai d’autre choix que d’assumer malgré moi, et qui me conforte dans l’idée de garder le silence sur la poudre consommée.

La question posée par Maxwell provoque une tempête en mon fort intérieur. Prononcer le nom du démon qui me déchire les entrailles depuis tant d’années, ce serait lui donner matière à se concrétiser et se matérialiser. Comme pour me donner du courage, c’est Svetlana qui fait le premier pas, se jetant dans le vide sans filet, sans craindre l’impact de la chute. J’admire sa franchise et sa témérité, mais j’hésite tout de même à lui emboîter le pas, comme si je craignais que ça rende la vérité encore plus difficile à accepter. « Tu étais ? Donc... Tu ne l’es plus ? » Un détail qui me saute aux yeux, qui me met la puce à l’oreille, et que je ne peux pas ignorer délibérément. Ce serait donc la preuve que même les guerrières ont des failles dans leurs armures cuirassées. « Cocaïne. » finis-je par admettre du bout des lèvres, comme si j’étais en train d’avouer une énormité qui ne pouvait pas réellement exister. Je sens alors une masse douloureuse se former dans ma gorge, me coupant presque le souffle et rendant chaque mouvement de déglutition insupportable. Svetlana va-t-elle me contraindre à parler à nouveau ? Me forcer à répondre à une autre question gênante ? M’obliger à faire face à ce que j’ai toujours préféré ignorer ? Oui, évidemment, sinon, ce serait beaucoup trop simple. Je remplis mes poumons d’oxygène, si bien que mes côtes s’écartent dans un déchirement lancinant. Mes pupilles se posent instantanément sur le verre vide resté sur la table. « Je crois qu’il va me falloir un autre verre. Si tu veux bien. » Nerveusement, je pose mes deux coudes sur la table et pose l’une de mes mains sur ma bouche, comme si je ne réalisais pas que les mots qui vont suivre puissent venir de moi. « J’avais quinze ans. Tout le monde se foutait de ma gueule au lycée parce que j’avais un physique... Ingrat, disons. J’ai fini par sécher de plus en plus souvent les cours et on a fini par me virer du lycée. Quand mon père l’a su, il m’a dit que si je ne me reprenais pas en main, il m’interdirait de voir ma mère jusqu’à ma majorité. Je savais qu’il en était parfaitement capable, alors j’ai fait profil bas, il a fait jouer ses relations pour que le lycée accepte de me reprendre et j’ai décidé de noyer ma colère dans l’alcool. Je sortais presque tous les soirs, mais j’allais en cours, alors mon père pouvait rien me dire. » ricané-je avec ce sourire empreint d’amertume posé sur les lèvres. « Évidemment, j’ai fini par atterrir à une soirée où de la coke circulait. J’étais con, j’avais quinze ans alors j’ai pas réfléchi, et j’me suis fait un rail avec les autres. La sensation que j’ai ressentie juste après était... Indescriptible. Je me sentais invincible. J’avais l’impression que plus rien ne pouvait m’atteindre. Ça m’a donné des putains d’ailes. Après ça, je me suis mis à en consommer dès que j’allais pas bien ou quand j’avais un simple coup de mou, à force d’enchaîner les soirées et les nuits blanches... » Pas de grandes explications à faire chialer dans les chaumières derrière cette addiction. Juste le caractère influençable d’un adolescent paumé et mal dans sa peau. « J’te retourne la question du coup. Quand est-ce que t’as commencé, toi ? » Un donné pour un rendu, ça me semble normal. Je me suis pratiquement mis à nu devant Svetlana, et sans doute qu’elle est la seule à en savoir autant sur mon passif de cocaïnomane. Mais ce soir, j’ai plus que jamais besoin de ne pas me sentir seul dans ma détresse.
(c) DΛNDELION


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