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Well... We still need to talk | Keala&Jacob

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Keala A. Bailey
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J'ai posté : 568 messages et j'ai : 58 dollars d'activité. Sinon, il paraît que : Nicole Anderson et pour finir je crédite : Tak (avatar), Bat'phanie (code signa), Vokora, Solosands & Little liars (icons)

Ven 31 Mai 2019 - 0:35

Le téléphone avait sonné quatre fois avant qu’elle ne daigne couper son réveil qui n’avait pas servi à grand-chose. Altaïr se réveilla en doucement pour venir la rejoindre sur le canapé, où elle avait établi son campement. Elle lui grattait la tête distraitement, plus machinalement que parce qu’elle en avait réellement envie. Elle n’avait envie de rien de toute façon. Elle tira sur la manche rouge de la chemise pour frotter son visage, accentuant le rouge de ses yeux bouffis d’avoir passé une horrible nuit, essuyant son nez qui s’écoulait encore d’avoir peut-être un peu pleuré. Le canidé sur les talons, elle se dirigea vers le placard pour sortir le paquet de croquettes qu’elle servit à l’animal qui se jeta sur sa gamelle pour manger goulûment son repas. Elle ne se servit rien. Pas même un verre d’eau. Pas même un flocon d’avoine. De toute façon, elle n’était pas très à l’heure. De toute façon, elle avait autant dans ses placards et son frigo que dans son compte en banque. Elle traîna des pieds jusqu’à la salle de bain en soupirant, une main dans ses cheveux emmêlés.

Elle passa rapidement sous la douche pour tenter de se réveiller, mais ça n’aidait pas, alors elle en était ressortie rapidement. Elle avait voulu faire un effort, mais il ne fallait pas déconner non plus. Alors elle avait simplement enfilé une paire de jeans, un débardeur blanc et la même chemise qui lui avait aussi servi de pyjama, emportant avec elle des vêtements de rechange pour une mission dans l’après-midi. Elle passe à nouveau par la salle de bain, mais ne fait que fermer sa trousse à maquillage qu’elle fourre dans son sac à dos. Ça aussi, elle le fera juste avant de se rendre sur les lieux de son interprétation. Elle avait prévu de se changer avant 13h30. Ainsi elle pourrait partir directement pour sa mission par la suite. Elle sortit Altaïr quelques minutes pour qu’il fasse ses besoins et partit directement pour son travail, sans regarder son téléphone.

Winston la complimenta sur sa tenue avec son sarcasme habituel. Il n’avait pas la licence de ça non plus. Mais à voir la tête de sa collègue, il lui demanda rapidement ce qui n’allait pas. Elle ne tint pas très longtemps avant de tout lui raconter. De la mission au Pussycat aux sms, il fut mis au courant de la situation. Ils partirent en réunion mais elle lui promit de lui partager exactement ce qui avait été dit. Lorsqu’ils retournèrent à leur place, elle voulut lui montrer l’échange et elle se rendit compte qu’il lui avait écrit deux nouveaux messages depuis qu’il lui avait demandé de rentrer. Son cœur se serra autant que sa gorge. Elle se sentait un peu coupable, il avait l’air de s’être vraiment inquiété. Elle se mordit la lèvre inférieure avant de lui répondre et d’établir un rendez-vous quelques heures plus tard. Winston était confiant, ils allaient discuter et remettre tout à plat pour repartir du bon pied, c’était certain. La jeune femme hésitait. Elle était plutôt du camp des pessimistes, pour le moment.

Winston prit sa pause déjeuner, elle décala la sienne pour traiter quelques e-mails encore dans la boîte de réception avant de s’accorder un peu de repos avant son rendez-vous. Elle voulait « reposer ses yeux quelques secondes », les bras sur le bureau et le front sur le coussin improvisé. Elle n’arrivait plus à lire sur son écran, de toute manière. Et puis l’épuisement finit par l’emporter et les quelques secondes étaient devenues plusieurs minutes. Jusqu’à ce qu’elle sursaute au contact d’une main sur son épaule, qui la secoue doucement. Elle redresse difficilement la tête et tombe nez à nez avec un Winston qui hausse le sourcil. « T’avais pas dit que tu voyais Jacob à 13h30 ? » Et le corps de la brunette réagit immédiatement au prénom de son petit ami. Elle se redresse brusquement et consulte l’horloge au bas de son écran. 13h30. « Merde merde merde ! », qu’elle lâche furieusement, contre elle-même. Pas le temps de se changer, elle resterait ainsi. À vrai dire, elle n’y pensait même plus, à ce bout de tissu qui avait pourtant tant d’histoire. Pas le temps de se maquiller non plus, elle resterait au naturel. Il l'avait déjà vu ainsi, bien que ses cernes n'étaient pas aussi profondes et que les marques de la malnutrition commençait lentement à se creuser. Elle attrapa son sac à main et son portable à la volée avant d’interpeler son cher collègue. « Tu peux prendre mes appels et mes mails s’il te plaît ? » Il lève les yeux au ciel, en lui disant qu’elle n’avait même pas besoin de lui dire et qu’il comptait le faire de toute façon. Mais qu’elle devait se dépêcher maintenant, et vite. « T’es le meilleur, Winston ! » Il lui envoie un baiser invisible et se réinstalle sur sa chaise tandis que la jeune femme se précipite vers la porte du bureau. Elle marche rapidement. Très rapidement. Elle râle quand la personne devant elle avance trop lentement et elle accélère le pas lorsqu’elle a à nouveau le champ libre. Son regard passe sur l’ascenseur, mais elle prend directement la porte des escaliers pour les dévaler aussi vite que possible. Son cœur s’emballe au fur et à mesure que ses pieds martèlent les marches, mais elle ne veut pas perdre plus de temps. Elle déboule dans le hall de l’immeuble et manque de bousculer quelques personnes sur son passage. Le passage piéton n’est pas loin, mais pas en face, alors elle prend le risque quand même et elle détale sur le macadam.

Quelques klaxons lui signalent qu’elle n’était pas dans son droit, mais elle sait que les véhicules s’arrêteront avant de la percuter. Elle exécute un petit saut à l’arrivée du trottoir pour ne pas se prendre les pieds dedans mais ne ralentit pas jusqu’à la devanture du café-restaurant. Elle le voit à peine à travers la baie vitrée, juste son reflet de folle furieuse qui avait couru un 100m contre un serial killer. Elle ouvre la porte du café en trombe, attirant l’attention des clients présents dans la salle ainsi que des serveurs qui se retournent vers elle, mais elle ne fait pas attention à eux. Elle manque de percuter la table à laquelle Jacob et parvient finalement à s’arrêter devant lui. « Je… suis… pas… en… retard… », balbutie-t-elle, à bout de souffle et tremblante, une main sur sa cuisse pour reprendre de l’air. 13h33, c’était un peu loupé. Il s’était levé à son arrivée, parce qu’il était un peu gentleman, Jacob.

Elle prend le temps de retrouver une respiration à peu près normale, malgré la tête qui bourdonne et la vue qui se trouble, et puis elle redresse son regard noisette dans les prunelles azur de son petit ami. « Salut… », souffle-t-elle en s’approchant de lui. Elle hésite un instant, mais elle laisse finalement ses envies décider à sa place, et elle vient poser ses lèvres au coin de celles du jeune homme. Elle y reste un instant avant de se reculer lentement, et elle prend le temps de l’observer. Il avait sale mine. Les yeux infectés de sang et les traits tirés. Le teint gris et les cheveux en bataille. « T’es tout pâle… Ça va ? » qu’elle lui demande doucement. Elle veut passer une main contre sa joue qu’il n’a pas rasé ce matin non plus, mais elle se retient. Ils ne sont pas dans la meilleure configuration pour le moment. Ils ont des choses à se dire. Encore. Elle vient s’asseoir sur la chaise en face de celle de Jacob, ou plutôt elle s’y laisse tomber, parce qu’elle sent peu à peu que ses forces diminuent à mesure qu’elle ne se nourrit pas et ne se repose pas. Elle attend qu’il en fasse de même, et qu’il s’explique. Parce que c’était pour ça qu’ils étaient là après tout. Pour s’expliquer. Sur les mots qu’ils ont eu la nuit dernière. Des mots sûrement peu mesurés.


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Everybody says that life takes patience
But nobody wants to wait. Everybody says we need salvation, but nobody wants to be saved. The light in the tunnel is just another runaway train. The blue skies we wait on ▬ Are gonna have to come after the rain
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Jacob E. Peters
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Mar 4 Juin 2019 - 1:44
J’en ai vécu des mauvaises nuits, plus d’une. À dormir quelques heures parce que je devais terminer un devoir, à me lever tôt après une nuit arrosée pour aller travailler, à faire une nuit blanche parce que j’ai bu quelques bières de trop avec Sidney dans un bar londonien. J’en ai vécu plus d’une et pour de multiples raisons. Mais généralement je n’ai pas à me plaindre. Rares sont les fois où le sommeil me fait défaut quand on y pense. Je fais partie de cette catégorie de gens que l’on appelle les bons dormeurs. Si vous me laissez dans un lit je suis capable de me coucher avant minuit et de me lever après midi. Mais pas cette nuit. J’ai vu toutes les heures défiler, j’ai même eu le temps de compter les minutes. Et elles étaient interminables. Elles le sont toujours dans ce genre de cas. J’ai attendu qu’elle rentre, encore et encore. J’ai guetté son retour, à défaut d’avoir de ses nouvelles. Et je sentais mon cœur se serrer un peu plus à chaque faux espoir. Un bruit de porte, des pas dans l’escalier, quelqu’un qui sort d’un taxi dans la rue. Mais jamais elle n’a passé la porte. Alors je suis resté sur le canapé à attendre. J’ai peut-être dormi une demi heure ou peut-être une heure.
Je regarde mon portable. Rien. Toujours rien. Je me lève et je me fais couler un café, long mais bien serré comme je les aimes. Mais ce matin il me parait sans saveur. Aussi fade que le reste. Je regarde Benjamin plonger la tête dans sa gamelle sans vraiment y faire attention. Une fois qu’il a terminé j’y ajoute des croquettes sans vraiment y faire attention. Le temps passe. Encore. J’envoie un nouveau message. J’ai une boule dans le ventre. Il peut arriver tout et n’importe quoi à New-York, particulièrement à la sortie d’une boîte de strip-tease en plein milieu de la nuit. Et je commence à culpabiliser. J’aurais dû être moins con et moins buté. J’aurais dû lui envoyer un taxi ou même aller la chercher. Je n’aurais pas dû lui dire tout ça, pour commencer.
Toujours aucune réponse. J’imagine tout de suite le pire. J’essaye vainement de chasser certaines images de ma tête mais sans grande conviction. Cette fois mon téléphone me sert à appeler Peach Éditions. Je ne viendrai pas aujourd’hui, je ferai ce que j’ai à faire depuis chez moi. Je n’ai strictement aucune envie de sortir. J’envoie un autre message. Quelques minutes après mon téléphone sonne enfin. Enfin le nom de « Kea » s’affiche sur mon écran. Enfin je peux respirer. J’ouvre le texto, fébrile. Elle accepte de me voir. À 13h30 en bas de son bureau. C’est une bonne nouvelle dans le fond, ça veut dire tout n’est pas encore perdu. Pas totalement. Il reste une chance.

J’arrive au restaurant à 13h15. Bon ok, en fait j’y étais dès 13h. Quitte à tourner en rond quelque part autant le faire proche de celle qui me fait vibrer. Je commande une bière avec l’espoir qu’elle pourra me détendre plus que mon esprit n’est capable de le faire. Je n’ai pas particulièrement faim, fait assez rare chez moi pour le notifier. Je joue fébrilement avec les boutons de ma chemise. La bleue clair, celle que Kea aime me voir porter. Celle qu’elle aime m’enlever aussi. Normalement du moins.
Les minutes passent et ma bière est vide. J’en commande une autre. J’en profite également pour demander la carte des plats. Il est 13h20 et j’imagine que, comme toujours, Keala n’aura qu’un court instant à m’accorder. Alors je prends les devants et j’optimise notre temps ensemble en commandant pour deux. Des tagliatelles au saumon et au légumes du soleil. Valeur sûre, il y’aura d’autres jours pour jouer les intrépides.
Peu après 13h30 j’entends la porte s’ouvrir en trombe derrière moi. Je me retourne immédiatement et j’aperçois Keala qui se précipite vers notre table avant de lâcher à bout de souffle qu’elle n’est pas en retard. Je ne trouve rien à répondre, plutôt occupé à regarder son visage déconfit et fatigué. J’aimerais la prendre dans mes bras mais je n’ose pas. C’est elle qui fait le premier pas en déposant  ses lèvres à la commissure des miennes, pendant un anormalement long moment. Pas directement sur la bouche mais pas assez bref pour être clair. Tout à fait de quoi être encore plus perdu.

Je retrouve de la douceur dans sa voix quand elle me regarde avec un peu plus d’attention. Tout pâle... Si l’on considère que je suis naturellement assez pâle, j’imagine que je dois être transparent à l’heure actuelle. Il faut dire qu’entre le manque de sommeil et de nourriture, je chamboule toutes mes habitudes. Bon ok, qui j’essaye de tromper ? Bien sûr que c’est notre dispute de cette nuit qui me rend malade.
Je fronce les sourcils. Je pense que si moi j’ai mauvaise mine, Keala est encore un grand au-dessus. Oh que oui, bien au-dessus même. Son visage s’est creusé et ses traits sont tendus de fatigue et de contrariété -et pas que par ma faute si vous voulez mon avis.

- C’est surtout à toi que je dois demander ça. T’as pas très bonne mine...

... mais ça ne m’empêche pas de te trouver très belle. Cette phrase vient s’échouer contre mes lèvres sans jamais les passer. À quoi bon ? Elle prendrait ça pour une tentative de rattrapage après tout ce que l’on s’est dit cette nuit. Alors à défaut je passe furtivement ma main sur sa joue encore chaude d’avoir couru.
Elle se dégage rapidement de mon contact pour aller se laisser tomber sur la chaise face à la mienne et je sens mon cœur qui se serre. Bien, au moins les bases sont là.
Je la regarde avec encore plus d’attention et je remarque un détail pourtant évident qui ne m’avait pas sauté aux yeux jusqu’ici. Il faut dire que je ne l’avais pas vu depuis un moment. Depuis bientôt six mois en fait. Je ne me souvenais même plus qu’elle l’avait. Je n’avais pas non plus cherché à le savoir.

- Cette chemise Mickey te va beaucoup mieux qu’à moi si tu veux mon avis !

Je lui lance un sourire en espérant détendre un peu l’atmosphère tellement froid qui s’est installé entre nous que je pense que l’eau dans mon verre devrait se transformer en glaçon sous peu.
Le serveur vient déposer les assiettes devant nos yeux mais aucun de nous ne réagit forcément dans un premier temps.

- Je suppose que tu as encore peu de temps à m’accorder alors j’ai commandé pour que ça aille plus vite. Mais si ça te va pas prends autre chose hein, t’en fais pas.

Elle n’est pas difficile Kea et surtout je connais ses goûts alors je sais que si elle ne veut pas de son plat ce ne sera pas le poisson qui sera remis en cause mais plutôt celui qui a passé la commande -oui, c’est moi.
Je pique une tomate cerise avec ma fourchette et je la porte à ma bouche. Je prends bien le temps de la mâcher pour gagner le plus de temps possible. Et puis finalement le silence entre nous devient trop pesant et je sens que le moment est venu d’aborder le sujet qui fâche.

- Je suis désolé pour cette nuit. Pour plein de choses. Désolé de ce que je t’ai dit, désolé de ne jamais t’avoir dit que j’avais fréquenté le Pussycat et désolé même d’y être allé.

Ça fait beaucoup d’excuses à accepter ça. Si elle pouvait au moins en prendre une partie ça m’arrangerait plutôt pas mal. Bien maintenant que la barque est posée, il est temps de sortir les rames.

- Après je maintiens ce que j’ai dit Kea, il ne s’est jamais rien passé là-bas. Et ça n’arrivera jamais. Peu importe les filles que tu as pu voir, je n’en ai jamais touché aucune. Oui, je les ai regardé mais rien de plus. La première fois que je t’ai vu je t’ai désiré. J’ai eu envie de toi dès le cours de pâtisserie et finalement j’ai eu envie d’être avec toi. Pour elles ça n’a jamais été le cas. Oui je les ai vu et j’ai parfois apprécié mais jamais au point de ressentir l’envie que j’ai toujours eu pour toi.

Je fais une pause en essayant de sonder son ressenti. Elle ne laisse rien paraître. Il faut dire que certaines limites ont été dépassées, je ne peux pas lui en vouloir de ne pas me tomber dans les bras aux premiers mots d’excuse.
En vérité j’ai simplement envie de lui balancer tout ce que je ressens. De lui dire que je suis amoureux d’elle, que je m’en suis pas rendu compte il y a presque trois semaines et que ça me rend juste heureux. Mais pourquoi faire ? La regarder fuir parce que j’ai été trop loin, trop vite. Ou peut-être que je n’ai pas envie de savoir ce qu’elle me cache. Je n’ai pas envie d’entendre qu’elle ne peut pas m’aimer parce qu’elle n’a pas de place dans sa vie. Qu’elle a déjà un emploi du temps trop chargé à cause du travail. Ou peut-être de quelqu’un d’autre. Quoi qu’il en soit je pense que je ne suis pas prêt à entendre que les choses ne vont que dans un sens. Et pire encore, que je ne serais toujours que le numéro 2 dans sa vie. Je le sais, je me suis fait une raison. Du moins j’essaye -quoi que je doive bien avouer que c’est de plus en plus dur. Je ne suis pas Jérémy. Je ne suis pas assez important. Mais il y a une différence entre le savoir et l’entendre de la bouche de la concernée. Elle ne dit toujours rien. Peut-être qu’elle s’en fout en même temps vous me direz. Finalement c’est peut-être la bonne opportunité qu’elle attendait pour partir. Mais je ne peux pas attendre que les choses se fassent comme ça, les bras ballants.

- Si je ne t’ai rien dit c’est simplement parce que j’avais honte, pas parce que j’avais quelque chose à cacher. Je tiens vraiment beaucoup à toi, je ne veux surtout pas te perdre. En fait pour tout dire je...

Une sonnerie de téléphone me fait revenir à la réalité. Enfin réalité, c’est un bien grand mot. Sans même un regard pour moi ou un égard pour ce que je lui dis, je regarde Keala répondre à ce connard qui manifestement me doublera toujours. Je sens mon visage se décomposer. Être dans l’ombre de quelqu’un j’ai l’habitude. Je suis toujours passé derrière Sam, derrière Elia et même encore derrière Dean. Mais être pris pour un con... parce qu’il n’y a pas d’autres mots. Elle ne me regarde même pas. Bien. Je sors mon portefeuille, balance des billets sur la table pour qu’elle paye l’addition et sans la regarder plus qu’elle ne me regarde, je chope ma veste et passe la porte en me retenant de la claquer.
Au moins maintenant les choses sont claires. Je pense qu’elle m’a bien fait comprendre ce à quoi je devais m’attendre et qu’il est temps pour moi de me casser. Tomber amoureux. Quelle connerie.
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Keala A. Bailey
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Mar 4 Juin 2019 - 18:37

Malgré la fatigue, malgré la dispute, malgré tout. Elle ne pouvait s’empêcher de se perdre dans ses yeux océan un instant, comme pour chercher un réconfort dont elle a tant besoin. Elle le fixe et elle remarque immédiatement cette chemise qu’elle aime tant. Celle qu’elle porte souvent en guise de pyjama après quelques ébats. Celle que Jaja cherche souvent quand il se lève le matin, parce qu’elle l’a envoyée voler à l’autre bout de la pièce, ou au salon. Mais elle remarque immédiatement qu’il ne va pas bien. Elle a envie de passer sa main dans ses cheveux, de le caler contre sa poitrine pour l’aider à s’endormir. Lui aussi remarque qu’elle n’est pas dans sa meilleure forme. Mais ça fait plus longtemps que ça qu’elle n’est pas en forme. Juste qu’elle arrive un peu mieux à le cacher. « Je dors pas beaucoup ces temps-ci, c’est rien… » Et elle n’a pas mis d’artifices. Elle n’en avait pas eu la force. Elle était fatiguée de faire semblant. Fatiguée d’être fatiguée et de ne pas pouvoir profiter d’un moment de calme. Elle sent la main de Jacob contre sa joue. Une chaleur nouvelle l’envahit alors, comme souvent à son contact. Elle aimerait qu’il continue, mais ils devaient parler d’abord. Alors elle s’assoit sur la chaise, le portable sur la table, et elle attend.

C’est lorsqu’il commente sa tenue qu’elle se rend compte qu’elle avait vraiment oublié de se changer. Et quels vêtements elle avait mis ce matin. La chemise qui avait tant vu. Elle veut sourire, mais même ça, il n’y arrive pas. Alors elle ouvre la bouche, parce que c’est toujours mieux que de ne rien dire. « Je trouve pas, elle est faite pour toi. » Qu’est-ce qu’elle avait aimé le voir dans cette chemise. Qu’est-ce qu’elle avait aimé jouer avec ses boutons sur son canapé. Et quel malin plaisir elle avait pris à la lui retirer avec toute la maladresse que lui permettait son attelle à l’époque. Mickey avait sur lui cet effet qui le rendait incroyablement sexy. Ce petit plus qui changeait l’envie d’être avec lui pour sa conversation en l’envie d’être avec lui pour ses lèvres contre sa poitrine. Le corps de la brunette frémit à ce souvenir plus qu’agréable de sa peau contre la sienne. Mais il n’était pas question de ça actuellement.

Un serveur arrive, mais elle ne lui adresse pas un regard. Les prunelles noisette sont dans le vide, son esprit semble ailleurs. Son esprit est ailleurs. Il se reconnecte avec la voix du jeune homme. Et il se rend compte de l’odeur qui lui arrive aux narines. Une odeur qui aurait pu être alléchante, dans d’autres circonstances. Jacob avait commandé un repas pour qu’ils le partagent, comme toujours. Même dans une situation comme celle-ci, il arrivait à rester adorable. « Non c’est un choix parfait… J’ai juste pas très faim… » Pourtant les crampes dans son ventre lui indiquaient le contraire. Mais la vue du plat lui donnait la nausée, et sa gorge nouée empêcher tout reflux de ressortir – si tant était qu’elle avait vraiment quoi que ce soit à ressortir.

Le silence est lourd. Très lourd. Il porte en lui tout ce qui a été dit la veille, et tout ce qui n’est pas encore dit. Et puis le brun prend finalement la parole. Il s’excuse. Trois choses. Elle relève son regard vers lui en repensant à ce qu’elle avait pu lire sur l’écran. Aux larmes qu’elle avait dû ravaler dans un bar où la musique lui emplissait les oreilles et où l’obscurité aurait très bien pu cacher ce qui pouvait couler sur son visage épuisé. Elle repense au Pussycat. Elle repense à la scène principale. Elle repense au salon privé. Elle repense à ses filles à la plastique parfaite et au doigté agile pour faire vriller les hommes.

Mais lui assure n’en avait touché aucune. N’avoir jamais rien fait d’autre que de regarder le spectacle. Et elle l’imagine, confortablement installé dans son fauteuil, la ceinture un peu lâche pour ne pas trop encombrer, les yeux brillants devant ce qui se déroule sous ses yeux. Résultat, elle écoute à moitié la suite de son histoire. La partie où il dit qu’il la désire depuis le premier jour, celui du cours de pâtisserie. Elle reprend le fil quand il insiste sur le fait qu’il les avait regardées. Elle ne pouvait pas dire qu’il essayait de nier les faits. Et sa mâchoire qui se serre lorsqu’il dit que parfois, il appréciait. Elle sait qu’elle ne devrait pas se sentir comme ça. Que c’était avant qu’ils se connaissent. Avant qu’ils ne se mettent ensemble. Qu’avant, il pouvait bien faire ce qu’il voulait, c’était sa vie après tout. Il aurait pu même coucher avec l’une d’entre elles que ça ne devrait pas être important. Pas à ce point. Mais elle a les émotions fragiles Kea, elle a la confiance en dérive. Elle ne sait plus ce qu’elle doit croire ou non. Ce qu’elle doit penser ou non. Son esprit brouillé par trop de manque et pas assez de temps pour être logique.

Elle essaye de rester concentrée sur ce qu’il dit. Elle le veut vraiment. Mais son esprit lui fait des absences. Elle a l’impression d’être là, mais elle se réveille quelques secondes plus tard. Elle sait qu’il parle, elle entend sa voix, mais elle a du mal à le comprendre. Et puis une sonnerie la tire de sa songe temporaire. L’écran de son téléphone s’allume. Le nom d’un collègue sur l’interface. Un appel qui pourrait être important, mais qui aurait pu être passé sur son téléphone au bureau, où Winston aurait pu répondre à sa place pour prendre le message, aider dans l’urgence ou laisser en attente, le temps que la jeune femme retourne à son bureau et traite la demande. Mais non, dans un élan sans véritable raison, elle attrapa son smartphone et appuie sur la touche verte. Elle le colle à son oreille et entame la conversation.

Et puis elle sent quelque chose buter contre sa main et son regard s’y reporte. Des billets verts à l’effigie d’un certain président. D’où sortaient-ils ? Elle remonta ses prunelles sur la chaise en face d’elle, qui était vide. Un peu plus haut et elle pouvait apercevoir une chemise bleue s’éloigner. Son cœur rata un coche, sa respiration se coupa et ses yeux s’emplirent de larmes. Elle venait de comprendre la connerie qu’elle venait de faire. Elle aboya d’appeler Winston et raccrocha violemment. « Oh putain non… » Non, elle ne pouvait pas le laisser partir. Elle ne voulait pas le laisser partir. Ça ne pouvait pas finir comme ça. Pas après tout ce qu’elle avait tenté de faire pour que ça marche. Elle se lève brusquement et part en courant. Elle ne fait même pas signe aux serveurs de les attendre, elle fonce juste. Parce qu’elle sent qu’elle est en train de le perdre. Et ça la terrifie.

Elle déboule dans la rue en percutant un passant qui la regarde avec une flopée d’insultes. Mais déjà elle l’oublie et elle cherche par où Jacob était parti. Elle l’aperçut finalement et c’est au pas de course qu’elle tâchait de le rattraper. « Jake ? Jake, attends ! Attends-moi ! », qu’elle crie dans la rue. Plusieurs passants se retournent vers elle, mais elle s’en fiche. Elle peut se donner en spectacle si elle peut l’arrêter. « S’il te plaît Jacob… » Elle insiste, parce qu’il marche vite et ne s’arrête pas. Elle a du mal à garder le rythme, son souffle est déjà court et la panique s’entend dans sa voix. « Je… je sais pas ce qui m’a pris de répondre comme ça au téléphone. C’était impoli et j’aurais jamais dû faire ça. » Alors pourquoi elle l’avait fait quand même ? Pourquoi avait-elle interrompu le jeune homme qui ne faisait que s’excuser, qui ne faisait que lui dire qu’elle comptait pour lui. « S’il te plaît, on a dit qu’on s’expliquait… » Il y avait encore tellement de choses à se dire. Tellement à discuter. Tellement à se comprendre pour avancer. Mais lui avancer dans une direction qui l’éloignait d’elle. « Tu peux pas partir comme ça… » S’il te plaît, ne pars pas. Ne la laisse pas comme ça sur le trottoir. Elle lui attrape le bras, mais elle se fait plus traîner qu’autre chose. « Viens, on retourne au restaurant pour être au calme pour discuter… » Elle devait s’asseoir, elle n’arrivait plus à avancer et lui, il ne voulait plus s’arrêter. Ou peut-être que c’était autre chose qu’il voulait arrêter. Il lui suffisait de ces simples mots et elle le laisserait certainement tranquille. « Si tu veux tout arrêter, dis-le !! » Sa voix qui trahit pourtant qu’elle ne veut pas que ça arrive. Et les larmes qui lui montent aux yeux et qu’elle fait de son mieux pour retenir. Sa voix qui se brise d’imaginer cette décision. D’imaginer de ne plus recevoir ses messages. De ne plus sentir son corps contre le sien dans un de leurs lits. De ne plus partager une pizza ou un plat de pâtes, dans un restaurant ou sur une table basse. De ne plus sentir ses lèvres sur les siennes, sa langue qui parcourt sa peau, son souffle dans son cou ou contre son oreille.

Et puis sa tête devient lourde et dans son champ de vision, des petites tâches commencent à danser et à grossir. Elle a atteint sa limite, elle le sait. Mais elle ne veut pas lâcher. Elle veut se battre. « Il me faut du sucre… », souffle-t-elle avant que tout dérape. Sa vision se trouble au point qu’elle ne voit plus les choses, des fourmis envahissent ses doigts et ses membres tremblent comme si ses dernières forces la quittaient. Et ses jambes ne la tiennent plus, alors elle s’assoit de force par terre pour s’éviter de tomber. Elle se rattrape tant qu’elle le peut à la manche de Jacob, un peu aussi pour se raccrocher lui, pour ne pas qu’il parte.


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Jacob E. Peters
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Lun 17 Juin 2019 - 0:06
Je n’en reviens pas. À chaque pas je sens la colère monter en moi. Je ne peux pas m’empêcher de ressasser ce repas. Quoi qu’on en dise il n’y a pas meilleure manière de montrer à quelqu’un qui est sur le point de vous faire sa déclaration que vous n’en avez rien à faire. Le message est on ne peut plus clair. Je comprends mieux toutes ces absences depuis que nous sommes ensembles. Ça doit être compliqué de passer beaucoup de temps avec quelqu’un qu’on n’estime pas assez. Et puis difficile de le quitter. Finalement le Pussycat était la bonne excuse, celle qui tombe au moment opportun. Depuis combien de temps elle a envie que tout s’arrête ? Peut-être qu’elle voit quelqu’un d’autre. Peut-être qu’elle revoit Jeremy. Ça doit être ça. Je suis le plan de secours qui lui permet de savoir si cette fois elle peut être sûre de lui avant de se lancer. J’aurais dû m’en douter. Il est évident que je suis loin d’être assez bien pour elle. Et elle a tout fait pour me le faire comprendre.
J’entends sa voix au loin. Je ne me retourne même pas. Je pense que j’ai été suffisamment humilié pour aujourd’hui, elle s’attend à quoi ? L’attendre pour quoi faire d’abord ? Qu’elle me dise les yeux dans les yeux qu’elle s’est remise avec son ex, le même qui l’a trompé, mais qu’un connard est plus attractif que moi ? Pas besoin de l’entendre, je l’ai bien compris depuis le temps. J’accélère le pas quand je l’entends m’appeler une deuxième fois. Par mon prénom cette fois, avec une fois presque suppliante, voire paniquée. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. Bientôt ça va être de ma faute tout ça.

Elle sait qu’elle n’aurait pas dû faire ça, elle s’en rend bien compte. Pourtant elle ne s’excuse pas, à aucun moment. Non, c’est manifestement trop demandé ça. Elle me fait encore une fois comprendre que je ne vaux pas le coup. Pas même celui qu’on prenne la peine de se remettre en question et de présenter ses excuses. Mais pourquoi s’excuser après tout ? Elle a réussi, elle a eu ce qu’elle voulait finalement, je ne suis pas allé trop loin, je ne lui ai pas dit ce que je ressentais. Ce sera beaucoup plus facile de partir comme ça.
On a dit qu’on s’expliquait. Oui c’est vrai. Mais moi je me suis expliqué. Je passe mon temps à m’expliquer mais pourquoi ? Quel intérêt quand on y pense ? La preuve, on voit où mènent les explications.

Je ne peux pas partir comme ça ? On parie ? Elle, elle ne pouvait pas me prendre pour un con, pas deux fois, et pourtant. Alors pourquoi pas finalement, qu’est-ce qui m’empêche de partir comme ça ? Elle imagine qu’en agrippant mon bras je vais me rendre compte que d’un coup je veux rester, que tout est merveilleux, que le monde est beau et que les oiseaux chantent ? Tout le monde a ses limites, même moi.
Au restaurant. C’est bien le dernier endroit où j’ai envie d’aller actuellement. Au milieu des gens ravis d’être là, des couples amoureux, devant de la nourriture qui me donne juste la nausée actuellement.

Mais son ton change, se fait moins suppliant et plus direct. Mais sa voix laisse entendre quelque chose d’autre. Elle n’en a pas envie. De toute évidence elle ne veut pas que ça s’arrête. Elle n’est sûrement pas encore certaine de Jeremy. Ou peut-être qu’elle ne lui a pas encore suffisamment fait payer à son goût. Elle a gagné, je me retourne.

- Si moi je veux tout arrêter ?! Sérieusement Keala ? Je pense que de nous deux c’est pas moi qui montre sa grande envie de tout arrêter.


Mais elle ne me regarde plus. Elle se fout de moi, vraiment. À quoi elle joue là ? Elle compte toutes les fois où elle peut me snober en une seule journée ?
Elle a besoin de sucre ? Où est le rapport ?
Et puis je la sens s’accrocher à ma chemise et me tirer un peu plus vers le sol. Je la regarde s’écrouler sous mes yeux et instinctivement je me précipite pour la retenir. Je l’aide à se relever et je la retiens contre moi pour l’empêcher de défaillir encore une fois.

- Hé ça va ?! Viens.


C’est vrai que ça a vraiment l’air de très bien aller, bravo Jacob. Je l’entraine vers la terrasse du café derrière nous et je l’aide à s’installer sur une chaise.

- Je vais chercher quelque chose de sucré, ne bouge pas.


Quelques minutes plus tard je reviens avec un thé, un sucrier et une énorme part de Red Velvet Cake. En le posant sur la table je sens que mon cœur se serre dans ma poitrine. Dans la précipitation j’ai commandé sans réfléchir le gâteau que l’on partage toujours, Kea et moi. Sauf que j’ai l’impression que le Kea et moi est sur la fin. Commencer à un cours de pâtisserie et terminer sur un Red Velvet Cake, c’est un peu boucler la boucle j’imagine. Je lui tends la fourchette et j’attends qu’elle mange, sans parler. Je ne peux pas m’empêcher de la regarder. Elle est belle, n’importe quand, mais je me sens rassuré en voyant que petit à petit elle reprend des couleurs.

- Tu devrais te reposer un peu plus. Prendre soin de toi, faire moins de choses en même temps.


Ou peut-être voir moins de monde en même temps. Son téléphone sonne, encore. Je soupire en le regardant. Je ne vois que la première lettre du contact mais je n’ai pas besoin de plus pour savoir que je ne me suis pas trompé. « J ». C’est fou comme le beau « J » de Jacob peut rapidement devenir l’horrible « J » de Jérémy. Et à lui, est-ce qu’elle lui a dit qu’elle me fréquentait ? Oui, certainement, c’est un juste retour des choses. Elle tend la main et attrape l’objet. Mais elle ne décroche pas. Non, elle se contente simplement de mettre le téléphone en mode vibreur, non sans avoir tourné l’IPhone dans plusieurs sens avant. Je relève les yeux vers elle et je scrute ses prunelles noisette. Une partie de moi est résignée. Après tout, je le savais depuis le début qu’elle était trop bien pour moi. Tout le monde le savait en fait. Tout le monde m’avait prévenu. J’aurais dû retenir la leçon de mon bal de promo finalement, ça m’aurait évité d’en être là aujourd’hui. Pourtant l’autre partie n’y croit tout simplement pas -ou ne veut pas y croire, peut-être. Je connais mon hawaïenne, je sais qu’elle ne ferait pas ça. Ni à moi, ni à personne d’autre. Mais les faits sont là. Les faits… Le contact… Le « J » quoi.

- Tu aurais pu répondre… Tu veux que je le prévienne ? Jérémy je veux dire.


Autant lui laisser entendre dès maintenant que je suis au courant, ça évitera un gros malaise de chaque côté. Je ne passe pas pour un con quand elle me le dit, elle n’a pas besoin de m’humilier encore une fois pour me le faire comprendre. Ma gorge se serre et je contracte la mâchoire avant de tourner le regard. Peut-être que Sid avait raison quand on y pense. Peut-être que ça ne vaut pas le coup de s’ouvrir à l’amour quand rien n’est certain.
Machinalement je baisse les yeux vers l’assiette et viens jouer avec le rebord de celle-ci, comme pour essayer de me donner une contenance. J’ai envie d’exploser. De rage, de honte, de stupidité. Mais surtout de tristesse. J’ai envie de revenir une journée en arrière, juste une et de tout changer. De ne pas la laisser filer entre mes doigts. Encore.
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Keala A. Bailey
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Lun 17 Juin 2019 - 11:15

Elle sursaute lorsque Jacob se retourne vers elle, alors qu’elle lui demande de le dire à voix haute s’il voulait qu’ils se séparent. Et son cœur se serra. Il allait forcément lui annoncer qu’il valait mieux qu’ils arrêtent tout de suite. Elle s’y préparait mentalement depuis plusieurs heures maintenant. Mais non. Il ne voulait pas arrêter. Pire, il l’accusait d’être celle qui montrait le plus qu’elle ne voulait plus de lui. Avec son regard incrédule, c’était l’incompréhension qui la gagnait à présent. S’il ne voulait pas la quitter, qu’est-ce qui n’allait pas ?

C’est finalement son corps qui avait décidé de mettre un terme à cette course poursuite sur le trottoir. Il la lâche, littéralement, et c’est finalement Jacob, dans la plus grande surprise de la jeune femme – si tant était qu’elle s’en rendait vraiment compte à cet instant. Et son cœur s’emballe un peu plus lorsqu’il la tient contre lui. Elle veut passer ses bras autour de son cou. Elle veut enfouir son nez dans ce creux familier qu’elle aime bien occuper. Elle veut lui dire qu’elle est désolée, qu’elle est vraiment désolée. Mais elle ne contrôle plus son corps et elle se fait manipuler comme une poupée de chiffon. Elle sent qu’on la dépose sur une chaise, et elle entend la voix de son petit ami qui lui dit qu’il va chercher à manger et qu’elle ne doit pas bouger. « Tu veux que j’aille où… », qu’elle murmure alors qu’il est trop loin pour l’entendre. Elle passe une main sur son visage en soupirant. Les tâches dansent toujours dans ses yeux, mais au moins elle ne tombera plus pour le moment. Elle ferme ses paupières, mais c’est d’autres images qui apparaissent après le noir. Elle déglutit péniblement, ravalant un hoquet qui la prend.

Elle ouvre péniblement les yeux en l’entendant revenir, au moment où il dépose un thé et un gâteau sur la table. Red velvet. Leur gâteau. Nouvelle boule au ventre. Mais elle prend la fourchette de ses mains, non sans caresser doucement ses doigts au passage. Personne ne sait vraiment si elle le fait parce qu’elle a envie ou parce que c’est le seul moyen pour qu’elle soit sûre de la tenir correctement. Elle la plante ensuite dans le gâteau et engloutit la part. Le sucre qu’elle contient se disperse alors dans son sang, son ventre se réveille à son tour, tout heureux d’accueillir à nouveau de la nourriture en son sein, tandis qu’elle prend une nouvelle part. Le brun lui dit qu’elle devrait se reposer, faire moins de choses en même temps. Si seulement il savait. « J’aimerais bien mais je peux pas. Et c’est pas un souci de repos, une hypoglycémie… » C’était plutôt un deuxième problème, qui se voyait peut-être moins, mais qui était pourtant bien présent. Mais elle ne s’étendait pas plus que ça. Elle prit une troisième part du gâteau avant de poser sa fourchette et d’enfin lever son regard pour capter celui azuré du jeune homme. « Écoute Jake je suis désolée pour… » Elle se fait interrompre par la sonnerie de son téléphone. Décidément, ce dernier ficherait vraiment tout en l’air, lui aussi. Elle regarde l’écran mais raccroche immédiatement. Ce n’était pas urgent. Mieux, elle passa son appareil en silencieux, pour être enfin tranquille. Elle râle un peu contre la pomme, parce qu’elle n’est toujours pas habituée aux touches, mais elle y parvient finalement et le fait tomber dans son sac à main. Au moins là, il ne dérangera plus personne.

Elle tourne la fourchette du côté de Jacob, parce qu’elle le connaît. Il adore le red velvet. Et elle ne comptait pas le finir seule. Elle allait reprendre ses excuses. Celle qu’elle aurait dû lui dire au restaurant, ou même dans la rue, mais c’est lui qui prend la parole le premier. Ses sourcils fins se froncent. Elle met un certain temps à comprendre ce qu’il était en train de dire. « De quoi tu parles ? » Comme pour essayer d’assimiler plus rapidement l’information. Se dire qu’elle avait dû rêver et qu’il n’avait pas réellement prononcé son prénom. « Attends attends… Tu penses que c’est Jeremy qui m’appelait ? » Son cerveau, à nouveau alimenté en sucre, tournait à présent à peu près correctement et les pièces s’assemblaient au fur et à mesure. « Attends… Tu penses que je le revois ? » La brunette est sous le choc. Non, pas lui. Pas Jacob. Il ne pouvait pas douter d’elle comme ça. Pas là-dessus. Pas avec lui. « Avec tout ce que ce fils de chien m’a fait, tu penses que je le revois et dans ton dos en plus de ça ? » Sa respiration s’accélère au rythme de son cœur. Un frisson glacial lui parcourut l’échine. Les morceaux du gâteau remontaient de son estomac. Pitié, c’était un cauchemar. « Tu penses vraiment que j’irai voir quelqu’un dans ton dos… et mon ex de surcroît ? Tu penses vraiment que je suis ce genre de connasse ? » Mais elle n’avait pas besoin de réponse. Il lui suffisait de regarder ses yeux pour comprendre. Ceux qu’il a baissé sur l’assiette pour ne pas affronter la colère qui grandissait en elle. La déception aussi.

Elle faisait de son mieux pour se contenir, pour ne pas trop hausser la voix pour ne pas se donner en spectacle. Mais c’était trop. C’était vraiment trop. « C’est toi qui parlais hier de ne pas laisser nos passés impacter nos présents, mais finalement qui est le plus dans le passé de nous deux ? » Et on revenait finalement à l’incident de la veille. Aux mots de l’écrivain qui l’avait percutée de plein fouet. Et encore une fois, il lui prouvait que c’était peut-être lui, qui voulait en finir. « Jeremy par ci, Dean par là. Au moindre truc, tu me les renvois à la gueule, mais j’ai connu Jeremy bien avant de te connaître et Dean on était pas ensemble non plus que je sache ! Et j’en ai plus rien à foutre ni de l’un ni de l’autre, c’est avec toi que je veux être, qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu comprennes à la fin ? » Pour qu’il arrête de la culpabiliser encore et toujours, à chaque fois qu’il prononce ou écrit un de ces prénoms dont elle ne veut plus entendre parler. Elle sait qu’elle a fait des erreurs monumentales. Qu’elle ne méritait pas son pardon. Qu’elle passerait probablement le restant de ses jours à tenter de se faire pardonner. Mais se faire accabler dès qu’il y avait la moindre embrouille, lui remettre le nez dans la merde qu’elle avait elle-même créée, le mal qu’elle avait fait, c’était trop pour elle.

Et encore une fois, elle se justifie. Comme le soir où elle a dû lui dire qu’elle ne voyait plus Dean, parce qu’il n’y croyait pas. Elle attrape son portable et ouvre le journal d’appels avant de le jeter sur la table pour que Jacob puisse bien voir l’écran. Plusieurs appels de la même personne depuis le début de matinée. « La personne qui m’appelait, c’était Jerry, mon client d’hier soir, qui veut absolument me payer plus cher parce qu’il veut vraiment m’aider. Tu veux qu’on lui demande si je le saute aussi dans ton dos ? » Ça sort plus vite que ça ne réfléchit. C’est la douleur d’être accusée de le tromper qui parle. Cette douleur qui lui crève le cœur, qui lui brûle les entrailles. Les larmes qui viennent à nouveau se coincer au bord de ses yeux et qu’elle force à rester. « Je pensais qu’on avait passé le stade où tu me considérais comme une connasse qui va aller sauter tout New York à la moindre occasion, mais finalement c’est pas le cas… » Elle voudrait se lever pour partir, puisque qui voudrait rester avec une personne qu’il accusait de le tromper ? Mais elle ne peut pas. Ses jambes ne répondent toujours pas. Alors elle reste assise, la respiration difficile d’un combat avec des larmes. La noisette qui capte l’océan pour transmettre tout le mal qu’elle ressent.


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Jacob E. Peters
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Dim 7 Juil 2019 - 21:39
Elle ne peut pas. J’ai bien compris qu’elle ne pouvait pas. Je le vois chaque jour quand je me réveille tout seul, semaine comme week-end, quand je l’attends encore et encore chaque soir, quand elle arrive en retard à nos rendez-vous -ou pire encore, quand elle ne vient pas du tout. J’ai envie de lui dire que quand on veut, on peut. Que si vraiment elle voulait lever le pied et dégager du temps pour elle comme pour nous, elle le pourrait. Mais peut-être qu’elle ne le veut pas. Et je n’ai sûrement pas vraiment envie d’entendre les raisons qui font qu’elle ne peut pas. Le temps qu’elle ne le dit pas, ce n’est pas réel.

Le téléphone, encore et toujours. Quand ce n’est pas moi que ça coupe, c’est elle. Désolée pour ? Je ne le saurais sûrement jamais. Désolée pour avoir répondu tout à l’heure, peut-être. Désolée de me faire passer après tout le reste, il y a peu de chance. Désolée de ne pas m’aimer suffisamment pour rester avec moi, certainement. Est-ce que je peux lui en vouloir ? Ça n’est certainement pas anodin si jamais aucune fille n’a vraiment voulu de moi. Il y a toujours mieux et elles le savent. Condamné à être le bon copain, il faut que je m’y fasse. J’ai vécu comme ça pendant 25 ans, finalement c’est un peu comme si je le savais déjà.

Kea tourne la fourchette vers moi mais je ne réagis pas. C’est sûrement la première fois qu’une part de Red Velvet ne me donne pas envie. Finalement à bien y penser j’en viens à me demander si c’est vraiment le gâteau que j’aime ou si ce n’est pas, après tout, surtout le fait de le partager avec la jolie brune.
Le prénom de Jérémy a l’effet d’une bombe sur l’hawaïenne. En quelques secondes je vois son visage se transformer. Et je sais. Je sais parce que je la connais. Je sais que c’est la fin de tout espoir d’une conversation calme et allant dans sens de la réconciliation. Et je ne me trompe pas. Les insultes fusent. Pas pour moi, pour lui. Je ne peux pas m’empêcher de hausser les sourcils. Pour être tout à fait honnête nous n’avons jamais vraiment parlé de Jérémy depuis qu’ils ne sont plus ensemble. Une fois seulement, durant laquelle j’ai appris qu’ils n’étaient plus ensemble et qu’il l’avait trompé. Rien de plus. J’ai tenté, plusieurs fois, de comprendre et de savoir ce qu’elle pensait de lui mais à chaque fois que j’ai voulu aborder le sujet je me suis heurté à un mur. Alors j’ai laissé couler et je suis resté avec mes doutes. Et manifestement ce n’est pas une bonne idée de les avoir laissé sortir. Keala n’accepte pas. Que je me persuade qu’elle le revoit, que je puisse penser qu’elle me trahit. Je l’entends dans sa voix. Pire encore, je le vois dans ses yeux. Tout passe dans son regard noisette, à commencer par la douleur. Mais je ne peux pas voir ça. Je ne veux pas surtout. Alors je baisse les yeux et je me concentre sur l’assiette. Mauvaise réaction.

Le volume sonore de la voix de Keala augmente encore, au fur et à mesure que sa voix se casse de colère dans toutes ses nuances. De colère et de tristesse. Elle en profite pour me renvoyer dans la tête les mots que j’ai pu lui dire. Qui est le plus dans le passé de nous deux ? Vraiment ? Elle veut jouer à ça ? Je pense que ce n’est pas moi qui a lancé les hostilités hier avec une attaque direct sur le fait que je sois allé dans un club de strip-tease. Ce n’est pas non plus moi qui a refusé d’écouter les explications qu’il était possible de donner. Contrairement à elle j’étais prêt à m’expliquer sur ce que j’ai pu faire ou vivre avant elle.

- Ça n’a rien à voir, tu...

Mais elle n’est pas décidée à m’écouter. Elle est lancée, il faut qu’elle me dise tout j’ai l’impression. Et elle exagère. C’est facile de balancer des choses sans pouvoir donner de preuves de ce qu’on avance. Une fois seulement je lui ai balancé Dean au visage. Une fois également pour Jeremy. Et dans aucun de ces deux cas ça n’était pour l’enfoncer mais simplement pour illustrer mes propos. Parce que oui, moi je fais en sorte de prouver ce que j’avance. Mon cœur loupe un battement quand je l’entends dire que c’est avec moi qu’elle veut être mais mon esprit écrase bien vite ce sentiment pour reprendre le dessus. Et je cogite, beaucoup trop. Un peu mal sûrement aussi.

- Comment tu peux me le faire comprendre ? Je sais pas en arrêtant de me cacher des choses par exemple. Je suis pas con, je vois bien que tu ne me dis pas tout ! Tu ne peux pas me reprocher de chercher tes secrets quand ils t’éloignent de moi. Et puis arrête de hausser le ton, moi aussi je peux le faire !

Ma voix prend le dessus sur la sienne et je sens quelques regards curieux se poser sur nous. Moi qui préfère normalement rester loin du centre d’interêt des gens, je me retrouve aujourd’hui en plein milieu de celui-ci. Mais je m’en fiche, en vérité c’est même le cadet de mes soucis. J’ai chaud d’un coup, je sens que mes oreilles et mes joues sont brûlantes et certainement rouges de colère. Encore une fois c’est moi qui prends tout dans la gueule alors que j’ai essayé de tout faire pour ménager ses sentiments.

Elle fouille dans son sac et en ressort le portable qu’elle a rangé seulement quelques minutes auparavant. Mais elle est sérieuse là à se précipiter sur ce truc dès qu’il y a un souci. C’est son moyen de fuir pour toutes les situations ou quoi ? Ce ne sera que la troisième fois de la journée après tout.
Mais non, elle me lance le téléphone sous le nez pour me montrer le nom d’un mec que je ne connais pas et qui l’a harcelé toute la matinée. Je sens la colère grandir encore plus. Qui c’est ce type d’abord ?
J’ai rapidement la réponse à ma question. Son client d’hier soir. Celui qui la traine dans des clubs de strip-tease. Peut-être qu’il prend son pied à la voir évoluer dans un endroit comme celui-ci en fait. Keala fait partie de ces filles sans artifice, aux beautés naturelles et qu’un rien peut rendre incroyablement sexy. Alors dans un endroit qui respire l’érotisme, il y a de quoi faire. Mon sang ne fait qu’un tour quand elle me demande si je veux lui demander s’il a couché avec elle. Je sais que la question est censée être réthorique mais j’ai simplement envie d’exploser.

- Lui demander s’il te saute pas dans mon dos ? Mais pourquoi pas écoute puisque manifestement je dois demander aux autres quand quelque chose te concerne étant donné que tu as décidé que tu ne me laisserais pas de place dans ta vie ! Alors viens, on y va !

Je commence à décaler ma chaise mais je me ravise aussitôt quand je vois ses yeux se remplirent de larmes. J’aimerais rester en colère et tenir la distance pour lui renvoyer tout ce que j’encaisse depuis plusieurs mois. Mais je ne peux pas. Mon esprit s’efface un peu et mon cœur se serre face au masque de douleur qui s’est installé sur son visage. Mon instinct et ma raison mènent une sévère bataille à l’intérieur de moi-même. L’un a envie de contourner la table pour venir attraper ses lèvres et lui montrer que je suis fou d’elle et que tout le reste n’a aucun intérêt pour moi. L’autre rêve au contraire de tout envoyer valser et de partir avant qu’il ne soit trop tard et que je reparte le cœur brisé. Mais je ne fais ni l’un, ni l’autre. Je reste immobile, à la regarder, le souffle court et la mâchoire serrée.
Mon visage se détend un peu et mes sourcils se défroncent au fil de sa phrase. J’ai vraiment été assez con pour la laisser penser que je l’ai déjà prise pour la plus grosse connasse de New-York ? J’ai passé les dernières semaines à essayer de lui faire comprendre que je la trouve fantastique et le seul résultat que j’ai obtenu, c’est ça. Elle a eu toutes les raisons de douter au Pussycat, toutes les raisons de ne pas s’attacher si c’est vraiment la seule chose que j’ai réussi à lui faire passer.
J’enfonce mon visage dans mes mains. Mon envie de crier et d’exploser est grandissante. Son regard est dur mais je commence à le comprendre. Mon cœur cogne contre ma poitrine. Je relève les yeux vers elle et un rire nerveux s’échappe de mes lèvres. Quand on est aussi peu lucide, Jacob, on ne s’étonne pas d’être seul.

- Je n’ai jamais pensé que tu étais la connasse qui va aller sauter tout le monde à New-York. Je ne sais pas d’où tu sors ça.

La contrariété se sent dans ma réflexion mais mon ton s’est nettement radouci. Je passe une main dans mes cheveux, à défaut d’y sentir celle de Keala qui normalement me calme bien mieux que le reste. Mais vous me voyez-vous lui dire « Passe ta main dans mes cheveux, j’ai besoin que tu me rassures » dans la situation actuelle ? Voilà, moi non plus, nous sommes d’accord.

- Et ne pense pas que tu es capable de mon tromper. Ça va au delà de ça. Jérémy reste Jérémy, je suis tout à fait conscient du fait que je passe après ton premier amour qui est resté neuf ans dans ta vie. Tu sais aussi bien que moi qu’un jour tu réaliseras que tu vaux mieux que ça, mieux que moi. Et comme je n’ai pas le droit de parler de Jérémy et de poser des questions je ne peux pas savoir ce que tu ressens vis à vis de lui.

Instinctivement j’approche ma main pour venir trouver son contact. J’ai besoin de sa peau et de sa chaleur mais je me ravise rapidement. Pour ça non plus ce n’est pas le moment.
Mon cerveau ne s’arrête pas et tourne sans arrêt. Le puzzle prend forme petit à petit mais il manque quand même des éléments pour le constituer totalement.

- Qu’est-ce que tu me caches alors ? Qu’est-ce que tu veux pas me dire ? Qui est si formidable que tu sacrifies le peu de moments qu’on peut avoir ensemble ? Je suis le numéro 2. Je le suis toujours. Mais je veux au moins savoir ce que tu préfères à ma compagnie.
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Keala A. Bailey
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Dim 7 Juil 2019 - 22:27

C’était un tout autre Jacob qu’elle avait devant elle. Ne pas accepter de manger de red velvet avait été le premier indicateur que quelque chose n’allait vraiment pas. Peut-être même que le fait qu’il avait également à peine touché au plat de pâtes au restaurant était un signe avant-coureur de la suite des événements. Il sait qu’elle lui cache des choses. Il veut connaître ses secrets. Et sa voix qui couvre celle de la jeune femme change la donne. Ça la prend aux tripes, ça la ramène à ce soir de février où il était aussi très en colère. La peur au ventre de ne pas savoir ce qu’il allait faire ensuite. Elle savait pertinemment qu’il ne la frapperait pas. Ce dont elle avait vraiment peur, c’était qu’il parte à nouveau. Elle ne le supporterait pas.

Et pourtant elle lui avait balancé son portable avec le nom d’un autre homme, qu’il n’avait jamais rencontré. Elle ne se rend même pas compte qu’elle attise les flammes de sa colère en lui prouvant exactement le contraire de ce qu’elle essaye de lui faire comprendre. Et il saute à pieds joints dans la brèche qu’elle ouvre un peu plus. Il veut lui demander s’il couche avec elle, parce qu’elle ne lui dit rien. Elle garde tout pour elle. Pire encore. Pour lui, elle ne voulait pas lui laisser de place dans sa vie. Elle prend la remarque comme un camion qui lui compresse la poitrine. Et son visage qui se décompose.

Et le sujet de la connasse revient sur la table. Mais la réaction de Jacob est inattendue. Décidément elle en aurait vu, des Jacob différents, aujourd’hui. Son visage se détend étrangement et le cœur de Keala s’arrête de battre. Est-ce qu’il était en train de se rendre compte qu’il ne voulait vraiment plus rien avec elle ? Est-ce qu’elle avait vraiment dépassé la limite ? Est-ce qu’il allait à nouveau se lever et partir ? Il prend son visage entre ses mains en se murant dans un silence beaucoup trop pesant. Lorsque les prunelles azurées apparaissent à nouveau dans son champ de vision, elle se rend compte qu’elle avait cessé de respirer. Et le rire nerveux qui semble annoncer la pire des sentences. Et cette sentence qui ne tombe pas. Un ton adouci qui l’inquiète plus qu’il ne rassure. Est-ce qu’il était résigné ? Il n’a jamais pensé qu’elle était une connasse. Alors pourquoi elle avait toujours ce sentiment ? « Tu m’as déjà dit que j’étais une connasse… Et c’est l’impression que tu as donné quand tu es venu chercher des explications pour Dean… » Et elle n’avait jamais vraiment oublié tout ça. C’était resté dans un coin de sa tête. Et ça tourne parfois. Souvent. Presque tous les jours. À chaque geste qu’elle faisait. Elle ne le savait pas encore vraiment, mais c’était la culpabilité de ce qu’elle lui avait fait subir qui l’accabler encore et qui ne semblait pas vouloir partir. Pas maintenant.

Sa main la démange quand elle le voit glisser la sienne dans ses cheveux. Elle aime tellement caresser ses cheveux. Y plonger allègrement les doigts pour lui masser le crâne lorsqu’ils font un câlin. Les tirer à mesure que grandit le plaisir lorsqu’ils font l’amour. Elle serre le poing, parce qu’elle ne peut pas s’approcher pour le faire elle-même. Et puis il parle à nouveau. Il ne pense pas qu’elle peut le tromper, mais il est conscient de beaucoup de choses. Elle fronce les sourcils sur un point, mais elle se rend compte qu’il a raison sur un autre. Elle se braquait toujours lorsqu’elle entendait le prénom de Jeremy. Elle se refermait comme une huître, et ce depuis le jour de sa séparation. Elle s’était toujours dit qu’elle était enfin passée à autre chose quand elle avait annoncé sa rupture à ses parents, mais elle devait se rendre à l’évidence : la blessure était toujours là, profonde dans son cœur. Elle n’était peut-être pas encore prête à en parler. Ou peut-être qu’elle avait peur de ce qu’elle ressentait réellement.

Elle voit sa main s’approcher puis se rétracter, et elle a mal. Elle a mal parce qu’elle aurait voulu sentir sa paume contre la sienne, entremêler ses doigts, effleurer sa peau du pouce. Elle ressent le besoin d’avoir un contact avec lui. Le contact qu’elle n’a pas eu depuis plusieurs jours maintenant.

Et puis il lui demande ce qu’elle cache. Ces mots qui restent coincés dans sa gorge et qu’elle ne veut pas sortir. Il se demande encore qui passe avant lui dans sa vie, alors qu’il n’y a personne que lui. C’était lui, le formidable qui faisait qu’elle sacrifiait ses moments avec lui… parce qu’elle ne voulait pas qu’il apprenne la vérité et qu’il la quitte. Il se jugeait numéro 2. Il était toujours le numéro 2. Son cœur se serrait toujours plus quand elle voyait dans son regard que c’était aussi ce qu’il avait fini par penser de lui-même. Qu’il n’était qu’un éternel numéro 2. Qu’est-ce qu’elle avait fait ? « Ta compagnie est tout ce que je veux. Tu n’es pas numéro 2, Jake, c’est tout le contraire, tu es le numéro 1, et même au-dessus de ça… » Elle sait qu’il ne la croira pas. Parce qu’elle ne lui avait jamais montré le contraire, quand elle y réfléchissait. Le nombre de fois où elle avait dû faire un détour, plutôt que de le retrouver dans un bar ou un restaurant. Le nombre de fois où elle avait dû annuler parce que son travail prenait plus de temps que prévu. Le nombre de fois où, quand elle arrivait à peu près à rentrer tôt, elle avait passé une partie de la soirée sur sa console plutôt que dans le lit. « J’ai vraiment tout foiré pour que tu penses ça… », qu’elle souffle en baissant le regard pour ne plus affronter le sien qui lui fait tant de mal. « Quelle conne… », qu’elle finit par lâcher, parce que c’était ce qu’elle était. Une conne. Et ses dents qu’elle plante violemment dans sa lèvre inférieure pour ne pas pleurer.

Elle repense à ce que lui disait Jayden, lorsqu’elle lui avait demandé si ce n’était pas mieux de dire la vérité, même si elle ne libèrerait pas forcément les bonnes choses. Même si cela pouvait tout changer. Il fallait qu’elle le fasse, elle le savait. « Tous les jours, je me lève 30 minutes plus tôt pour profiter d’un moment entre tes bras. Tous les soirs où je te rejoins dans le lit, je me force à rester éveillée pour caresser ta peau et te regarder dormir, parce que t’es si mignon quand tu dors… » Ces rares moments qu’elle se réservait, égoïstement. Alors qu’il n’en était pas conscient. Ces choses qu’elle faisait dans l’ombre, sans qu’il le sache, parce qu’elle ne voulait pas lui avouer ses problèmes. « Tous les jours, je calcule à la seconde près mes horaires pour rentrer le plus tôt possible pour te retrouver. J’essaye de tout caser, parce que malheureusement je ne peux pas faire ce que je veux. » Elle était coincée, son étau se resserrait un peu plus et dont elle a pas réussi à se sortir. « Parce qu’à chaque fois, il y a un contre-temps qui vient balayer tous mes plans. J’aimerais tellement pouvoir leur dire d’aller se faire foutre, mais je ne peux pas faire ça à Altair… j’ai déjà pas assez pour nous payer à manger à tous les deux, mais je peux pas le priver. Et puis il y a les rares sorties qu’on peut faire ensemble… Je veux pas qu’elles s’arrêtent. » C’était ça, la vérité. Elle voulait que rien ne change, mais tout autour d’elle, la forçait à changer les plans. Son ordre de priorité était plus que clair dans sa tête, juste qu’elle n’avait jamais su le montrer aux autres tel qu’elle le voyait elle. Elle plaçait toujours les autres avant elle. Ses proches, son animal de compagnie. Mais surtout Jacob. Elle voulait tellement lui montrer qu’elle était à la hauteur et qu’elle avait une vraie valeur pour qu’il la garde qu’elle n’avait réussi qu’à l’éloigner en lui laissant penser qu’elle s’éloignait. Elle s’en était rendue malade, en témoignaient les marques sur son visage, son malaise un peu plus tôt, les tremblements qui viennent encore secouer doucement ses doigts. « Je pensais sincèrement que ça ne serait l’affaire que de quelques mois, le temps que je m’organise, mais c’est devenu incontrôlable… » Elle n’arrivait plus à garder la tête hors de l’eau. Elle était passée plusieurs fois à la banque pour renégocier, mais dans sa situation, ils n’étaient pas des plus conciliants. Alors elle s’était débrouillée comme elle avait pu, pour impacter le moins de choses possibles. Mais elle avait impacté ce qu’elle ne voulait surtout pas. « Je suis tellement désolée Jacob. Pour tout. J’ai encore tout gâché… » Elle était coupable, écrasée par cette culpabilité, et ça se ressentait. Dans sa voix et dans le regard suppliant qu’elle fondait sur lui.

Mais il y avait une dernière chose qu’elle voulait régler. Malgré tout. Quitte à se dire qu’elle allait sûrement tout perdre après ce qu’elle venait de dire, autant que cela serve à quelque chose. Qu’elle l’aide une ultime fois. Ou du moins qu’elle essaye. « Par contre, s’il y a bien une personne qui vaut mieux que l’autre, c’est bien toi, Jacob. » Elle ne peut pas le laisser penser qu’il vaut moins que sa véritable valeur. Il doit arrêter de se sous-estimer alors qu’il est tellement génial. « Enfin, regarde-toi et regarde-moi, on est de deux mondes différents. Je ne suis pas aussi cultivée que toi. Je n’ai pas fait de grandes études. Je ne suis jamais partie à l’étranger. J’ai aucun talent pour quoi que ce soit. Je sais à peine faire fonctionner mon téléphone… Tu m’as toujours soutenue, tu m’as toujours fait sentir comme si j’étais spéciale. Et moi je te donne l’impression que tu passes après tout alors que je veux te faire passer avant. » Comme d’habitude, elle fait les mauvais choix. Comme d’habitude, elle prouve le contraire de ce qu’elle veut montrer. Comme d’habitude, elle gâche tout.

Ça la frappe violemment. Ça la secoue. La réalité. La vérité sur elle. Ses erreurs. Ses terribles erreurs. « Je suis la pire petite amie du monde… », lâche-t-elle dans un sanglot qu’elle ne peut plus retenir. Elle passe ses mains sur ses joues pour récupérer ses larmes qu’elle ne veut pas faire couler mais qui prennent toutes les libertés. Elle ne veut pas qu’il la voit pleurer. « Tu as beau dire que ce n’est pas vrai, mais je sais que je ne te mérite pas et qu’un jour, tu vas partir parce que tu auras trouvé mieux. Une personne qui te rendra heureux et qui te fera sentir comme celui qui compte plus que tout et qui passera toujours avant tout. » Elle prend une profonde inspiration, aussi profonde qu’elle le peut. « Et je suis si égoïste de ne pas vouloir qu’on arrête… Alors que je ne suis même pas capable de te montrer à quel point je tiens à toi et à quel point tu comptes pour moi… » Et elle met les mains sur son visage en éclatant à nouveau. Un flot de pleurs qui ne s’arrête plus. Ses émotions qui se mélangent et qu’elle ne contrôle plus.


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Jacob E. Peters
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Lun 8 Juil 2019 - 2:36
Ma remarque fait mouche, la colère s’efface peu à peu de ses traits mais laisse place à quelque chose de tout aussi désagréable à voir. Ses yeux s’embuent de larmes et je regrette immédiatement mes mots. Elle est forte, il faut bien le dire. Elle le sait, je suis bien trop empathique naturellement, bien trop attaché à elle en ce moment, pour ne pas me radoucir. Cela étant, je doute fortement du fait qu’elle en fasse exprès tout de même. Je pense qu’elle n’irait pas à pousser le vice jusque-là. Et surtout je la connais mon hawaïenne et on ne peut pas dire qu’elle apprécie particulièrement de montrer ses faiblesses, surtout pas dans ces cas-là.

Une connasse. J’ai pu penser beaucoup de choses sur Keala, à beaucoup de moments différents depuis notre rencontre mais certainement jamais que c’était une connasse. Oui bon d’accord, je lui ai dit un jour que c’était une connasse, je vous l’accorde, et c’était une erreur. Mais ça n’est pas pour autant que je l’ai pensé ou même que l’idée qu’elle pouvait en être une m’a traversé l’esprit une seconde. C’était plus… Une réaction stupide et disproportionnée face à quelque chose qui me dépassait et sur lequel que je n’avais pas la main qu’une pensée réelle que je gardais en moi depuis longtemps. Et puis Dean…
Elle n’a pas l’air convaincue quand je lui nie l’avoir un jour pensé. Est-ce que je peux vraiment lui en vouloir ? Je ne pense pas. Elle n’est pas dans ma tête mais tout a pu lui laisser penser que c’était bien le cas, à commencer par ma manière de toujours lui tomber dessus avec mes questions aux moments les moins opportuns. Elle a raison. Et elle ne mérite pas que je lui fasse ressentir ça.

- Je suis désolé. De t’avoir dit que tu en étais une, je ne l’ai jamais pensé, j’ai été moi-même surpris quand c’est sorti. Et je le suis encore plus de t’avoir fait ressentir ça pour Dean. Il t’a clairement fait passer pour une connasse et j’ai été assez naïf pour penser que c’était peut-être le cas plutôt que d’admettre que je tenais déjà beaucoup trop à toi pour que ça ne me fasse rien.

Machinalement je passe la main dans mes cheveux. Cheveux que je n’ai d’ailleurs pas coiffés ce matin. Peut-être que jouer avec pourra permettre de leur faire reprendre une forme un peu moins… Moins en bataille.
Keala fronce les sourcils à ma remarque. Je dois dire que je suis surpris, je m’attendais une réaction un peu plus explosive que celle-ci. Mais je ne m’en plains pas, loin de là. La colère et la contrariété, bien que toujours présentes, se radoucissent peu à peu entre nous il faut croire. Ou alors peut-être qu’elle va m’avouer qu’effectivement, elle a toujours des sentiments pour Jérémy et que sur ce point-là, au moins, je ne me suis pas trompé. J’imagine qu’on ne balaye pas neuf ans de vie à deux d’un simple revers de la main, qu’importe les causes de la rupture. Je sens une pointe se former dans mon cœur. Je ne pourrais pas dire que je ne l’avais pas vu venir, c’est vrai, mais il n’empêche qu’admettre que sa copine en aime un autre, c’est loin d’être agréable, particulièrement quand de nouveaux sentiments sont venus se greffer à tout ça à peine une dizaine de jours plus tôt.
Mais elle n’a pas l’air décidé à passer aux aveux, à propos de Jérémy, comme du reste. Alors je mets les pieds dans le plat et je lui demande. Elle ne nie même pas me cacher des choses, c’est bien la preuve que j’avais vu juste. Allez Jacob, ne fais pas cette tête. Tu le sais, ça se passe toujours comme ça. Tu as l’habitude d’être relégué au second rang.
À défaut de répondre, Keala plante son regard dans le mien. Je le soutiens et je scrute ses deux yeux noisette dans lequel j’aime me perdre dès que j’en ai l’occasion. Et même dans un contexte comme celui-ci, il n’y a pas d’exception à la règle. Et puis finalement elle prend la parole. Je m’enfonce dans mon dossier en l’écoutant. Je ne sais pas si ce qu’elle dit est vrai. En fait je crois que je ne veux pas le savoir pour le moment. Je sens simplement la pression retomber un peu et mes épaules se détendre petit à petit. J’ai envie de croire qu’elle est sincère et que je tiens cette place dans sa vie, vraiment, mais une petite voix dans ma tête me dit de ne pas trop y croire, que ce serait sûrement trop beau pour être vrai. Et elle n’aurait pas tort. Elle a tout. Elle est tout. Et je suis moi.
Et puis son regard quitte le mien pour se concentrer sur la table en soufflant qu’elle a tout foiré si j’en viens à penser ça. Et d’un coup c’est la panique. Je ne saurais vous dire pourquoi mais le fait de ne plus capter son regard me donne une sensation étrange, comme si je voyais qu’elle cherchait à fuir, qu’elle m’échappait encore une fois. Alors je me redresse et je l’entends dire, certainement plus à elle-même qu’à moi, que c’est une conne. Je suis étonné. Tellement que je ne sais pas quoi répondre. En vérité, je n’ai pas besoin de répondre puisque la jolie hawaïenne poursuit sur sa lancée. Et plus ses mots tombent, plus mon cœur bat fort. Je découvre ce qu’elle me dit. Jamais je n’aurais pensé qu’elle avait ce genre d’habitude, encore moins quotidiennes. Finalement c’est bien moi le gros con de cette histoire. Je lui reproche des choses, beaucoup de choses, mais je n’ai même pas cherché à savoir si elle faisait des efforts pour nous avant de lui tomber dessus. Tout ce que j’ai voulu voir c’est qu’elle n’était pas là quand je me levais, rarement là quand je me couchais. Pas qu’elle profitait de ma présence à sa manière.

Je fronce les sourcils au fur et à mesure qu’elle continue son monologue. Comment ça « pas assez pour nous payer à manger tous les deux » ? Elle rigole là j’espère ? Je ne suis pas certain de comprendre. Ou plutôt j’ai peur de comprendre à quel point j’ai été stupide et nombriliste. Il n’est pas question de Jérémy, d’amants, de seconde place ou même de moi, mais bien de Keala et d’apparents problèmes financiers. Je tombe de haut, de très haut même. À aucun moment je n’aurais pensé que la raison de tout ça pouvait être l’argent. Il faut dire qu’elle le gâche bien. À aucun moment elle n’a refusé une sortie ou laissé entendre qu’elle était un peu juste ce mois-ci. « Pas assez pour nous payer à manger tous les deux ». Cette phrase tourne en boucle dans ma tête et explique beaucoup de choses, à commencer par son malaise de tout à l’heure. Depuis combien de temps est-ce qu’elle n’avait pas mangé ? Je scrute un peu plus son visage, différemment de d’habitude du moins. Ses traits sont creusés et ses yeux rougis par la fatigue et les larmes. Elle n’a pas bonne mine, il faut le dire. Et moi, pendant ce temps-là, j’étais beaucoup trop concentré sur ma petite personne pour voir que la brune avait besoin d’aide sans vouloir la demander.
Elle continue et je n’ai toujours rien à dire. Les informations se bousculent dans ma tête. Je repasse les images de ces dernières semaines et maintenant je me rends compte qu’il y a eu certains signes avant-coureurs. Tout prend sens au fur et à mesure qu’elle avance.

- Tu n’as rien gâché du tout. C’est moi… Je suis vraiment désolé de ne pas avoir su être là pour toi au bon moment. Encore une preuve que tu serais sûrement mieux avec quelqu’un d’autre que moi.

Je me déchire moi-même à dire ça mais j’ai été suffisamment égoïste pour ne pas la retenir plus longtemps. J’imagine que c’est aussi ça, l’amour. Savoir lâcher prise pour rendre l’autre heureux.
Mais Keala rebondit sur ce que je viens de lui dire et me surprend une nouvelle fois. Je vais presque finir par croire que ça vaut le coup de s’engueuler. Malgré tout, elle a tout faux. Comment elle peut penser ce qu’elle dit. J’ai beau nous regarder, je vois une toute autre image de nous que ce qu’elle est en train de me dépeindre. Tout ce qu’elle dit est secondaire pour ne pas dire futile. Elle est bien plus que tous ces détails. Comme si j’en avais quelque chose à faire de ses études ou de ses voyages. Et puis son téléphone. C’est simplement qu’elle ne se souvient pas de toutes les fois où j’ai pu galérer avec son Samsung. Je n’ai jamais cherché à ce qu’elle se sente spéciale, j’ai simplement voulu qu’elle sache ce qu’elle vaut. Est-ce que c’est ma faute si effectivement, elle est fantastique ? Non. Par contre c’est sûrement de ma faute si elle ne s’en rend toujours pas compte.

Ce qui devait arriva. Je vois une larme, puis deux et bientôt plusieurs dizaines, couler sur sa joue pendant qu’elle fait le constat biaisé qu’elle est la pire petite amie du monde. On voit qu’elle n’a jamais côtoyé Amanda pour penser ça ! Elle, c’était vraiment la pire petite amie du monde pour le coup. En fait c’était vraiment la pire tout. Quand j’imagine ce qu’aurait été ma vie avec elle, le tableau est clair : une femme tyrannique qui pompe tout mon argent et contrôle le moindre de mes faits et gestes. Sans parler de contrôler ma vie sociale. Adieu Sidney, adieu Marc, adieu les copains. Bonjour personnes guindées sans âme. Alors qu’avec Keala je me suis toujours senti enveloppé de quelque chose différent, un mélange de tendresse et de bienveillance, que ce soit pendant que nous étions amis, amants ou même maintenant que les choses semblent dérailler entre nous. C’est d’ailleurs maintenant que je la sens le plus, cette enveloppe. Elle se livre pour la première fois sur ce qu’elle peut ressentir. Pas de la façon que j’aurais attendu mais les faits sont là.
Elle fait une brève pause le temps d’essuyer quelques larmes qui perlent sur sa joue avant de reprendre. Je sens la colère me reprendre un peu. Elle n’est pas dirigée envers Kea, ni même envers quelqu’un d’autre. Elle est juste là. Là parce que je me rends compte que la femme que j’aime vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête en pensant qu’un jour je vais la quitter pour quelqu’un d’autre. Là aussi parce qu’elle culpabilise de vouloir me garder dans sa vie et seulement pour elle alors que, quand on y regarde bien, je ne demande pas mieux que d’être son exclusivité. Et puis cette fois c’est elle qui enfouit son visage dans ses mains. Et c’est trop pour moi, je ne peux plus rester là. Pas à rien faire du moins. Je recule ma chaise et je me lève. Je pense que j’ai attendu beaucoup trop longtemps déjà pour faire ça.

Je contourne la table et je viens m’asseoir sur le siège à côté de celui de Keala. Elle ne me regarde pas, les yeux toujours cachés par ses doigts. Alors j’attrape la structure en fer de la chaise sur laquelle elle est assise et je la tire vers moi, jusqu’à ce que la sienne entrechoque la mienne. Et tout naturellement je passe ma main autour d’elle pour réduire le peu de distance qui est encore présent encore nous. Mon nez se heurte à ses mains mais mes lèvres trouvent sa mâchoire sans difficulté. J’y dépose d’abord un baiser, doux et rassurant, avant de mordiller légèrement sa peau, comme pour marquer mon territoire. Puis j’approche ma bouche de son oreille.

- Tu me rends heureux.

Je serre un peu plus mon étreinte comme si le fait de la lâcher un peu trop allait lui permettre de filer. Elle ne me repousse pas, c’est déjà une très bonne chose. Après tout, elle serait tout à fait en droit de le faire après ce que j’ai pu lui dire et lui reprocher sans savoir tout ce qu’il y avait derrière.

- Et c’est justement parce que je suis heureux avec toi que j’ai peur de te perdre et que je réagis comme un crétin sans cerveau.

Je passe mon pouce sur ses joues pour tenter d’effacer les larmes qui y tombent encore. Pour le coup mon cœur et mon esprit sont enfin raccords : tout ce qu’il y a d’important à cet instant c’est qu’elle comprenne tout ce qu’elle est pour moi. Et tout ce qu’elle restera le plus longtemps possible.

- Mais je ne suis pas d’accord avec toi. Bien sûr que l’on vient de deux mondes différents, c’est justement ce qui fait notre force. Tu es une bille avec Apple, c’est vrai, mais je trouve ça terriblement adorable de te voir ronchonner après ton téléphone. Tu es loin, mais alors très loin de manquer de culture. On évolue juste dans deux domaines différents. Mais au contraire, je pourrais t’écouter parler pendant des heures de tout ce que tu aimes. Et j’adore quand tu t’intéresses à mes livres ou quand tu viens au piano avec moi pour que je t’apprenne quelques notes. Tu as beaucoup de talent, Kea, et je me fiche de tes études du moment que tu es épanouie dans ce que tu fais. Et puis j’espère que tu t’es pas mis en tête que tu sortais avec un globe-trotter parce que ce n’est pas le cas ! Mais tu sais ce que je me dis ? Qu’on aura tout le temps d’aller à l’étranger. Ensemble.

Je dessers un peu mon étreinte pour venir glisser ma main le long de sa nuque jusque dans ses cheveux que je caresse tendrement. La situation n’est pas idéale, c’est vrai, mais il ne faut pas plus d’une fraction de seconde pour que son contact m’apaise. Quatre jours sans la toucher, il faut dire que le temps commençait à me paraitre long. Et puis surtout j’ai bien cru tout à l’heure que ça n’arriverait plus jamais. Alors j’en profite.

- Mais sors toi de la tête que je vais trouver quelqu’un d’autre. Je tiens à toi, bien plus que ce que tu as l’air d’imaginer. Et ce n’est pas parce que je n’ai pas trouvé mieux. C’est parce qu’à mes yeux tu es déjà le mieux. Et ce n’est pas parce que l’on vient de se disputer que ça va changer quoi que ce soit à ça. Je pense qu’on avait besoin de se dire les choses, toi comme moi, et qu’on aura encore sûrement besoin de le faire. On aurait pu trouver un meilleur moyen, mais c’est comme ça. Ça ne change rien à ce que je ressens pour toi, ni au fait que j’ai envie d’avancer à tes côtés. La seule différence c’est que maintenant je sais que l’on est sur la même longueur d’onde. Enfin je veux dire… Tu vois quoi.

Inutile de prononcer le prénom de Jérémy une nouvelle fois, il a déjà fait suffisamment de dégâts aujourd’hui. Et puis si Keala ne veut pas parler de lui, je dois respecter ça. Elle m’a prouvé que je n’avais pas de craintes à avoir, je peux bien ravaler mes questions, le plus important a été.
Toutes ces émotions m’ont donné soif. Je jette un coup d’œil vers la table et je vois le thé de mon hawaïenne seul et abandonné dans un coin, attendant juste que quelqu’un daigne s’occuper de lui. Bien s’il faut, je me dévoue. Je tends le bras et j’attire le gobelet vers moi. Il parait tiède. Parfait, pile comme je les aime. Je bois une gorgée et…

- Ah putain beurk. J’avais oublié que tu sucres jamais ton thé, c’est infect.

La décision se fait rapidement et en un mouvement je me retrouve avec la fourchette entre les mains, un morceau de Red Velvet cake planté au bout de celle-ci. Une fois passé mes lèvres, je sens le sucre qui fond sur ma langue et qui fait disparaitre le mauvais goût qui avait pris place dans ma bouche. C’est mieux, vraiment beaucoup mieux. Et puis surtout c’est bon. Je ne comprendrais jamais comment les gens peuvent ne pas sucrer leur thé. J’ai eu l’habitude d’en boire, particulièrement pendant mes années anglaises, mais il n’y a rien à faire, il me faut au moins un sucrier dans la théière et des petits biscuits pour accompagner le tout. Que voulez-vous, je suis un homme à café -que je bois paradoxalement sans sucre-, on ne peut pas être parfait.
Mais le reste de portion de gâteau qui s’étale devant mes yeux me ramène à un sujet bien plus sérieux.

- Depuis quand t’as pas mangé Kea ?

Je m’écarte un peu d’elle, sans pour autant arrêter de la toucher, et je viens agripper son regard du mien. J’étais prêt à la laisser partir pour qu’elle soit heureuse, à l’envoyer dans les bras de Dean ou de Jérémy s’il le fallait mais il est absolument hors de question que je la laisse jouer avec sa santé sans rien faire. Et dire que je n’ai rien vu. Je sens la culpabilité m’envahir mais ce n’est absolument pas le moment de tout ramener à moi, nous sommes d’accord.

- Ça fait combien de temps que tu me caches ça ? À quel point tu es dans le rouge ? Combien tu dois ? Pourquoi tu ne m’as pas demandé de t’aider ?

Je me rends compte trop tard que je l’ai assailli de questions qu’elle n’a sûrement pas envie d’entendre. Mais en même temps, j’ai besoin de connaitre les réponses à celle-ci. Parce que je ne veux plus qu’elle me cache ce genre de choses, d’abord, pour pouvoir l’aider au mieux et à tous les niveaux, ensuite.

- On va trouver une solution, chérie. Mais t’as pas à porter ça toute seule. Je suis là, même dans les mauvais moments.
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Keala A. Bailey
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Lun 8 Juil 2019 - 3:15

Le plus gros défaut de Keala et Jacob dans leur relation, c’était principalement que s’ils aimaient parler de beaucoup de choses et en apprendre énormément sur les petites habitudes de chacun, ils parlaient peu des sujets cruciaux qui, le jour où ils seraient évoqués, ne les laisseraient pas sans séquelles. Ça avait commencé avant même qu’ils ne commencent à être un couple. Jacob ne lui avait jamais dit qu’il était intéressé par elle. Elle ne lui avait pas expliqué les raisons de sa rupture avec Jeremy. Il ne lui avait pas dit qu’il était vierge, ni que la capote était périmée. Elle ne lui avait pas dit qu’elle risquait de tomber enceinte – pas plus qu’elle ne lui avait dit si son test avait été positif ou négatif d’ailleurs. Il ne lui avait pas dit qu’il sortait avec Amanda. Elle n’était pas allée lui parler calmement et été allée voir Dean. Elle ne lui avait jamais dit qu’elle avait été obèse. Et enfin, elle ne lui avait jamais dit qu’elle croulait sous les dettes. Et il y avait d’autres non-dits qui faisaient que la dispute n’en avait été que plus grande. Qu’ils étaient au bord de la falaise et au bord de la rupture.

C’étaient des cocottes minutes, ils attendaient le dernier moment pour tout lâcher. Et puis, quand ils avaient vraiment tout dit – ou presque – ils finissaient par s’excuser, le plus souvent en s’accusant d’être le seul coupable alors que tout était partagé. C’était ce que Jacob faisait à l’instant. Il s’excusait de l’avoir traitée de connasse, parce qu’il ne l’avait jamais pensé, encore moins pour l’épisode de Dean. Le cœur de la brunette se serrait tandis qu’il lui disait qu’il tenait déjà beaucoup à elle à l’époque et que c’était ce qui avait fait qu’il avait eu mal. Et puis c’était au tour de Keala de s’excuser. D’avoir tout gâché, d’être la responsable de leur potentielle future rupture et d’avoir potentiellement confirmé l’idée du jeune homme en quelque chose de faux, à savoir qu’il serait toujours un éternel numéro 2. Alors elle avoue tout, ou presque. Elle lui dit ce qu’elle fait quand il dort et qu’elle sait qu’il ne faut pas le réveiller. Qu’elle passe doucement ses doigts sur son tatouage, le petit dinosaure sur sa fesse. Son petit rituel après l’amour, et parfois juste comme ça. Qu’elle aime regarder son visage quand il dort. Qu’elle le trouve tellement mignon quand il dort, pour compenser les moments où elle le trouve terriblement sexy. Ses envies mais aussi ses inquiétudes, sa résignation. Et elle laisse échapper qu’elle ne peut pas payer pour la nourriture d’Altaïr et la sienne.

Et ils repartent dans leur travers préféré. Jacob lui dit qu’elle n’a rien gâché, mais que c’était sa faute. Il n’avait pas su être là. Comment aurait-il pu l’être s’il était pas au courant ? C’était elle qui lui avait caché tout ça. Elle avait fait son possible pour ne rien laisser paraître. Pour faire en sorte de manger un carré de sucre avant qu’ils ne se retrouvent pour avoir l’air à peu près en forme et de manger le plus possible quand elle le pouvait. De rester maquillée pour ne pas montrer ses cernes grandissants. Non, vraiment, elle avait fait un excellent boulot. Mais elle avait fait germer cette idée dans la tête de l’écrivain beaucoup trop créatif qu’elle méritait mieux que lui.

Alors elle lui avait répondu avec toute son honnêteté. Que non, ce n’était pas elle qui méritait mieux, c’était clairement lui. Même pour dire ce qu’ils méritaient, ils savaient mieux que l’autre, apparemment. Et les larmes finissent par couler sur son visage, même si elle les rattrape rapidement. Elle est la pire meilleure amie du monde. Elle ne vaut pas mieux que Jeremy. Peut-être qu’elle ne mérite que le célibat, c’était sûrement mieux pour elle. Et pourtant, elle veut rester avec Jacob. Elle sait qu’elle ne le mérite pas, mais elle est égoïste, Keala. Elle veut le garder pour elle. Juste pour elle. Elle veut être la seule qu’il embrasse, la seule qu’il fait soupirer et bien plus. La seule pour laquelle il sourit ainsi et la seule qu’il regarde avec ses grands yeux bleus. Parce qu’elle se rend compte qu’elle fait plus que juste l’apprécier. Elle n’irait pas dire qu’elle était amoureuse, mais elle avait ce sentiment fort qui la prenait aux tripes lorsqu’elle imaginait qu’elle ne le reverrait plus.

Ses larmes coulent toutes seules et elle tente de se cacher tant bien que mal avec ses doigts. Elle entend la chaise en face d’elle bouger, et elle se dit qu’il s’en va. Qu’il la laisse là et qu’il ne reviendra pas. Et puis elle sent sa présence à côté de lui. Elle sait que c’est lui. Elle espère que c’est bien lui. Il attrape sa chaise pour la caler contre la sienne et elle se laisse faire, les mains dissimulant toujours son visage, les pleurs qui ne se tarissent pas. Une main vient la toucher, un frisson qui la parcourt. Un nez contre elle, des lèvres contre sa mâchoire. Un baiser qui la mordille, un nouveau frisson de retrouver cette sensation qui lui manquait.

Elle le rend heureux. Elle arrête brusquement de pleurer et elle retire lentement ses mains. Comment pouvait-il être heureux avec elle avec tout ce qu’elle lui faisait subir. Il avait peur de la perdre et il agissait comme un crétin sans cerveau. Et elle qui trouvait qu’il réagissait de manière légitime. Si elle ne pleure plus vraiment, les gouttelettes continuent de dévaler sur ses joues qu’il rattrape du pouce. Il lui explique qu’il n’est pas d’accord, pour changer. Il lui démontre lentement que leurs différences font en réalité leur force. Que malgré tout, il adorait quand elle n’était pas comme lui, mais que parfois, elle essayait de se rapprocher de son univers. Quand elle aimait passer derrière lui en lui effleurant les épaules alors qu’il était au piano, et s’asseoir à côté de lui pour enfoncer ses doigts sur quelques touches qu’il lui indique. Quand elle penchait la tête sur le côté pour lire les tranches des livres dans sa bibliothèque et en prenait un délicatement pour en lire un extrait. Apparemment elle avait du talent. En quoi, elle ne savait pas vraiment. Mais s’il n’était pas globe-trotteur, il aimerait vraiment le devenir avec elle.

Elle avait ce point sensible, Keala. Ce point sensible qui faisait qu’elle pouvait se détendre s’il était utilisé correctement. Et Jacob ne le connaissait que trop bien. Et à nouveau, sa main venait se caler dans sa nuque, puis dans ses cheveux. Un geste tendre qu’elle attendait tant. Qui réveillait en elle une chaleur si familière. Elle a envie de venir se blottir contre lui, sur la même chaise. Le prendre dans ses bras, lui caresser les cheveux, poser ses lèvres dans son cou. À la place, elle posa une main sur son bras, tandis que l’autre venait chercher ses doigts. Il intervient à nouveau. Il répète qu’il tient à elle, que ça va au-delà de ce qu’elle peut imaginer. La dispute ne veut rien dire. A contrario de Jeremy, il ne comptait sûrement pas se venger en allant voir ailleurs. Ou du moins, c’est ce qu’elle voulait se dire pour se rassurer. Il pointe du doigt leur problème, le manque de discussion, le besoin futur d’en discuter. Elle sait parfaitement qu’il parle de Jeremy. Il n’a pas besoin de prononcer son prénom. Il fallait qu’elle arrive à se dire que Jacob n’était pas comme Jeremy. Que ce dernier était un cas isolé et que le brun valait mieux et ne méritait pas de doute tant qu’il n’avait pas prouvé qu’il n’attendait qu’une nouvelle opportunité pour aller voir ailleurs. C’était difficile pour la jeune femme. La trahison et la blessure la rongeaient toujours et il lui faudrait un certain temps avant qu’elle n’arrive à sortir complètement la tête de l’eau. Mais elle savait qu’elle devrait faire des efforts pour prendre sur elle.

Elle le regarde attraper son thé et le porter à ses lèvres. Elle met du temps pour réagir et pour lui rappeler qu’ils ne buvaient pas la boisson de la même façon. Trop tard. Déjà il râlait de son oubli. Pire, il critiquait son choix. La jeune femme, qui l’avait laissé parler jusqu’à présent, leva finalement les yeux au ciel avant d’ouvrir la bouche. « C’est celui qui prend son café ultra serré et sans sucre qui critique mon thé… » Elle n’avait pas besoin de le goûter pour grimacer. L’odeur lui suffisait. Le goût de ses baisers après qu’il a avalé sa tasse la contentait. Bien entendu, le fait qu’elle n’aimait pas le café de base jouait un grand rôle, mais les goûts de son petit ami n’aidait pas vraiment.

Elle ne put s’empêcher d’être rassurée en voyant Jacob s’emparer de la fourchette pour venir piquer un bout de gâteau. Certes, c’était principalement pour faire passer le goût du thé, mais c’était également un signe qu’il semblait aller mieux. Et cette petite trace de chantilly qui reste coincée à ses lèvres et qui donne envie à Keala de venir la récupérer elle-même. « Comment tu manges, Peters… » Et elle le fait, finalement. Elle tend son pouce et elle vient le passer contre ses lèvres, y collant la coupable, avant de le porter à ses lèvres à elle pour la faire disparaître. Elle aurait voulu y aller avec la bouche, mais elle sentait que la discussion n’était pas terminée.

La question ne tarda pas, d’ailleurs. Il lui demanda depuis combien de temps elle n’avait pas mangé. Elle passa une main nerveuse dans ses cheveux en soupirant. « Je sais pas… » Bien sûr qu’elle savait parfaitement. Elle ne voulait pas lui mentir, mais reconnaître qu’elle connaissait parfaitement le jour et l’heure de son dernier repas, ça allait trop loin. « De vrai repas depuis les mac&cheese… J’ai piqué un biscuit à Winston hier vu que je travaillais tard. » Histoire de ne pas s’effondrer dans le club. Winston ne le savait pas non plus d’ailleurs. Elle lui avait pris un gâteau en cachette, lorsqu’il avait eu le dos tourné. Un biscuit sec sans vraiment de goût qu’il aimait pourtant tremper dans sa boisson et suçotait de manière bruyante pour que tout le monde l’entende. Un geste qui finissait souvent par agacer Keala qui lui fourrait le restant dans la tasse ou qui montait le son de son casque en soupirant. Pas de quoi nourrir son brave corps donc.

Elle le sent s’écarter d’elle, et la panique l’envahit à nouveau. Elle a le cœur qui déraille et la gorge qui s’assèche. Elle a peur de ce qu’il peut dire et elle vient serrer inconsciemment la chemise entre ses doigts, comme pour le retenir. Un regard azur se plonge dans ses prunelles et elle ne perçoit aucune envie de partir. Non, il voulait des réponses. Il voulait comprendre. Il était en droit de savoir, s’ils étaient en relation. Si peut-être ils envisageaient de voir plus loin. La brunette se mordit la lèvre inférieure. Il y avait beaucoup de questions. Les pires questions. « Ça fait depuis janvier, vu que Jeremy n’était plus là pour payer sa part… » Parce que c’était ça finalement, le nœud du problème, le départ de l’incendie. Lorsqu’un couple se séparait, il y avait plusieurs choses qui ne pouvaient plus être supportées par une seule personne. Et pourtant, Keala avait tout pris pour elle. « La totalité de mon salaire à Freewire passe dans mes factures et mes remboursements. Et puis je dois attendre un peu les différents virements en freelance… A la moitié du mois, il reste plus grand-chose… » Elle s’arrangeait pour faire ses courses rapidement après tous ses virements afin de savoir directement comment elle devrait travailler pour continuer à vivre. Parfois elle appelait pour demander un délai de paiement, le temps de recevoir un salaire, le temps d’une mission qu’elle sait sera payée le lendemain. Elle s’organise tous les jours, mais ça suffisait rarement. Ça, c’était sans compter ses sorties avec Jacob et les autres imprévus.

La question suivante était plus difficile. Elle tenait certes ses comptes, mais elle essayait de ne pas s’attacher au total. Et puis il changeait tous les mois. Elle détourna un instant son regard du sien pour réfléchir avant de revenir à lui. « J’ai pas le chiffre exact mais quelque chose comme $400 000, peut-être moins… » Entre les prêts pour ses deux sessions d’études et le prêt de son appartement, elle avait accumulé une petite fortune de dettes. Un chiffre qu’elle ne ferait jamais de près ou de loin chez elle avec un + devant. Une somme qui lui demanderait plusieurs années de travail avant de pouvoir la récolter.

Mais c’était finalement la dernière question qui était la plus lourde. Le pourquoi. Pourquoi elle n’avait rien dit. Pourquoi elle ne lui avait pas demandé de l’aide. Le cœur même de son silence. « Parce que j’ai pas envie d’être cette fille qui demande du fric à son mec, encore moins quand il a une certaine notoriété parce qu’il a sorti un livre qui a marché ! » C’était sorti directement. Pas de périphrase, pas de chichi. Juste la vérité. « Je suis arrivée après le succès de ton roman, et j’avais déjà des problèmes d’argent. J’allais passer pour quoi ? Celle qui s’intéresse à toi que pour ton argent et pour vider ton compte. Je ne suis pas le genre à me faire entretenir ou à profiter des autres, et je voulais pas que tu penses ça. Et puis si ça se sait, tu passerais pour un pigeon qui ne voit pas que je suis là que pour les paillettes et les billets et je veux vraiment pas ça. » Elle avait rapidement passé son compte instagram en privé parce qu’elle avait déjà reçu des messages de ce genre, après le post de Jacob la présentant à sa communauté. Elle ne voulait pas leur donner une nouvelle raison de le lui répéter. Elle lui avait déjà dit qu’elle ne voulait pas être une copine à exhiber sur les réseaux sociaux, ce n’était pas pour qu’en réalité, elle se fasse entretenir.

Il était optimiste Jacob. Il pensait pouvoir trouver une solution. Il était certain qu’ils la trouveraient. Mais Keala avait déjà perdu espoir depuis un certain temps. « J’ai déjà réfléchi à toutes les solutions, mais à part me prostituer, braquer une banque ou dealer de la drogue, je vois vraiment pas. J’ai déjà essayé de renégocier mes remboursements mais ils ne veulent pas plus. » Elle avait passé des nuits complètes, contre lui ou seule dans son lit, à tourner et retourner le problème dans tous les sens. Elle n’avait jusqu’à lors jamais trouver une idée valable, et ça la rongeait d’autant plus.

Et puis elle craque enfin. Maintenant qu’il lui a dit qu’il voulait être là, même dans les mauvais moments, elle ne peut plus tenir. Elle se lève et elle vient s’asseoir sur ses jambes, se caler contre son torse. Elle remonte une main dans sa nuque et vient attraper quelques mèches de cheveux avec lesquelles elle va jouer un temps. Il était tant pour elle de faire ce qui était juste pour lui. Elle le regarde dans les yeux en se mordillant un peu plus la lèvre. « Mais je veux vraiment m’excuser Jake. Pour tout ce que je t’ai fait. Pour tout ce que tu as pu penser parce que je t’ai caché des choses. J’aurais pas dû m’énerver hier quand je t’ai vu attendre Winston. Je t’avais dit que j’étais occupée, tu étais libre de faire ce que tu voulais avec qui tu voulais. » Ce fameux épisode qui avait déclenché beaucoup. Une pseudo crise de jalousie qui avait mal tourné. Un premier pas vers des mots durs par SMS, une nuit blanche et de nouveaux mots durs dans la réalité. « Je m’excuse aussi de t’avoir blâmé d’avoir fréquenté un club de striptease. On a tous un passé et les filles là-bas m’ont dit que ça faisait des mois qu’elles ne t’avaient pas vu alors je n’aurais pas dû te remettre en doute. Je n’aurais pas dû non plus te blâmer d’y être allé. Je sais que ça a été difficile pour toi et plutôt que de te comprendre et de te rassurer, j’ai préféré t’enfoncer… Je me suis juste sentie si nulle à côté d’elles. Je me suis dit que j’avais dû avoir l’air ridicule avec ma version cheap en sachant que je passais après des professionnelles du spectacle et ça m’a complexée et plutôt que de travailler sur mon problème, je t’ai rejeté la faute dessus sans gêne. » Elle vient déposer ses lèvres sur son front. Un bisou chaste et qui pourtant portait en lui une lourde signification. Mais elle ne s’arrêtait pas là. « Je suis désolée de ne jamais répondre tes questions à propos de Jeremy. C’est normal que tu t’interroges sur mon ancienne relation. Je m’interroge sur ta relation avec Amanda… Je vais essayer de te répondre à l’avenir et de ne pas me braquer. Je te promets pas de le faire à chaque fois, mais je vais essayer quand même. » Parce qu’on ne pouvait pas changer les gens en un jour. Parce qu’une dispute pouvait ouvrir les yeux, mais pas tout guérir. Mais elle ferait des efforts jour après jour. Elle s’en faisait la promesse, elle lui en faisait la promesse. Ses lèvres descendirent sur sa pommette. Lentement, tout doucement. « Je suis désolée de t’avoir fait penser que tu passais après tout le reste. Encore plus d’avoir répondu à ce fichu appel tout à l’heure alors que tu parlais. Je sais vraiment pas ce qui m’a pris. Tout ce dont je rêve, c’est de faire des tonnes de choses avec toi. Pas seulement découvrir de nouveaux resto ou de nouveaux bars à New York, mais découvrir d’autres choses. Faire des road trips sur un weekend ou peut-être plus, aller se perdre dans un coin qu’on ne connaît pas. Découvrir la culture juive aussi et pas que dans les livres ou sur les sites internet. Partir à l’étranger, comme tu disais. Et parfois juste passer la journée au lit, à regarder une série, à lire un livre ou à faire l’amour. » Un sourire en coin qui s’étire doucement alors que dans son esprit afflue tout un tas d’images plus que plaisantes, tout un tas de sensations qu’elle ne connaissait que trop bien. Et c’est au coin des siennes qu’elle venait à nouveau déposer un baiser furtif.

Ses doigts caressent doucement son visage, se râpant contre sa barbe naissante, bien qu’elle était là depuis plusieurs semaines. Elle pose son front contre le sien en soupirant pour admirer les plus beaux yeux du monde. « Je te le répète souvent, et tu penses peut-être que c’est futile, mais t’es vraiment un petit ami en or, Jacob. Toutes celles qui t’ont mis des râteaux sont vraiment stupides. J’ai vraiment beaucoup de chance de t’avoir, parce que tu me fais me sentir exceptionnelle et tu me rends heureuse. » Elle attarde finalement ses lèvres sur les siennes. Elle se fiche qu’ils soient sur une terrasse devant laquelle des gens passent et peuvent les voir. Elle envoie au diable leur côté pudique qui les rend discrets en public. Et elle l’embrasse, tout simplement. Elle l’embrasse comme si elle allait le perdre mais qu’elle ne voulait pas qu’il parte. Elle vient se coller à lui et enfoncer ses mains dans ses cheveux. Elle l’embrasse comme si elle ne l’avait pas embrassé depuis trop longtemps et qu’elle était clairement en manque. Et le désir qui grimpait en elle à mesure qu’elle prolongeait le baiser, tant et si bien qu’elle dut se faire violence pour se reculer et ne pas aller trop loin. À bout de souffle, elle plongea une nouvelle fois son regard noisette dans l’océan de ses yeux et elle étira un petit sourire, mi-timide mi-aguicheur. Et elle fait doucement glisser une main sur son torse, l’autre toujours dans ses cheveux bruns. « Et je veux te rendre la pareille… donc je vais faire en sorte de faire moins d’heures pour qu’on passe plus de temps ensemble. » Elle ne savait pas encore comment elle arriverait ce miracle de caser tout le contenu de ses journées en si peu de temps, mais elle y parviendrait, pour de vrai cette fois.


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Everybody says that life takes patience
But nobody wants to wait. Everybody says we need salvation, but nobody wants to be saved. The light in the tunnel is just another runaway train. The blue skies we wait on ▬ Are gonna have to come after the rain
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Jacob E. Peters
général
J'ai posté : 917 messages et j'ai : 698 dollars d'activité. Sinon, il paraît que : Logan Lerman et pour finir je crédite : Ishtar

Dim 14 Juil 2019 - 23:50
Je fais une brève grimace pour accompagner ses mots. Alors là, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Tout le monde sait qu’un café ultra serré et surtout bien noir vaut mieux qu’un pisse-mémé presque plus liquide tellement il y a de sucre dedans. Bon, je dois bien admettre que poser mes lèvres sur les siennes quand elles ont ce petit goût sucré n’a rien de désagréable, bien au contraire, mais je ne vais certainement pas lui faire le plaisir de lui dire. Une victoire à la fois, ça suffira bien comme ça.
Je porte la fourchette jusqu’à ma bouche et je laisse le gâteau fondre entre ma langue et mon palais, comme souvent lorsque je prends la première bouchée d’un plat, pour bien en sentir toutes les saveurs. Keala m’observe, je le sais. Je n’ai même pas besoin de relever les yeux pour le constater que déjà le son de sa voix revient à mon oreille. J’esquisse un sourire. Il n’y a pas dans sa remarque une once de critique, contrairement à ce que l’on pourrait penser. C’est plus une phrase qui a marqué notre relation on va dire. La première fois qu’elle m’a fait cette remarque, elle a simplement pointé du doigt la tâche de moutarde que j’avais au coin des lèvres, mais rien de plus. La fois suivante elle a pris sa serviette pour le faire elle-même. L’un de nos premiers vrais contacts physiques -après le tâtage de paquet dû au rhum, bien évidemment. Bête mais marquant quand on sait qu’encore plus tard c’est finalement son doigt qui a remplacé la serviette pour venir essuyer tendrement ce que ma bouche avait loupé. Et puis depuis quelques temps c’était finalement ses lèvres qui se chargeaient de ça, pour mon plus grand plaisir vous vous en doutez bien. Des fois j’en arrive même à laisser un petit trait de ketchup simplement pour profiter un peu plus de ses baisers. Mais aujourd’hui tout ça régresse un peu et c’est le doigt de Kea que je sens effleurer mes lèvres. Même si son geste s’accompagne toujours de la même douceur, je sens qu’il indique également qu’il y a encore des choses en suspens. Je la regarde porter à sa bouche le reste de chantilly qui ornait la mienne.

Et puis sa réponse à ma question me fait voir rouge. Si son dernier vrai repas remonte au mac&cheese ça veut dire qu’il a quoi… Deux jours ? Deux jours ! Sans manger ! Plutôt que de m’en parler elle a préféré se priver, ni plus, ni moins. Comme si c’était moins douloureux de ne pas manger plutôt que de me parler ! Mais je ne lui dis pas, inutile d’envenimer encore plus les choses, ce n’est pas le but. Alors je continue à poser mes questions.
Lorsque je m’éloigne d’elle, je sens ses mains me retenir en agrippant le tissu de ma chemise. Quoi que l’on en pense, je ne peux pas m’empêcher de trouver ce geste rassurant mais je sens que je me détends peu à peu. Malgré la situation qui pourrait lui donner plus qu’envie de fuir, malgré tout ce qui vient de passer, elle ne veut pas me quitter. Elle n’évite pas non plus mon regard et se décide à répondre à mes questions, non sans se mordre d’abord la lèvre inférieure.
Janvier. Soit cinq mois. C’est beaucoup cinq mois, surtout quand dans ces cinq mois il y en a plusieurs que j’ai partagé sans même me rendre compte de la situation. Je repense à nos sorties, à nos dépenses et je me dis que je n’ai que contribué à accentuer encore plus le trou dans le compte en banque de Keala.
Lorsqu’elle m’annonce le montant de ses dettes je retiens ma mâchoire pour ne pas la faire tomber par terre. 400 000$. Ah pardon. 400 000$, peut-être moins. Le « peut-être moins » censé être rassurant mais qui ne l’est en vérité pas du tout. A ce rythme-là il va lui falloir des années pour rembourser la totalité de ce qu’elle doit et pourtant rien ne prédit qu’elle pourra y arriver malgré ses deux emplois et son manque de temps. En une fraction de seconde ma décision est prise. Comme si j’allais laisser ma copine se débrouiller seule avec ça.

En une seconde encore, Keala brise toutes mes bonnes intentions. Elle ne m’a rien dit pour ne pas passer pour la copine vénale et je ne veux pas non plus qu’elle se sente comme ça. Mais pas pour les mêmes raisons qu’elle. Elle ne voit que ce que les autres pourraient penser de moi, me prendre pour un pigeon, d’elle, la prendre pour une croqueuse de diamants. Moi je ne vois que son bien-être. Et puis quand je l’écoute me citer ses solutions je me rends compte que je dois intervenir. Bon, ok, je sais parfaitement que Kea n’ira jamais se prostituer ou dealer de la drogue mais quand même, si je pouvais éviter que ça la tente un jour !

- Écoute, je me fiche de ce que pense les autres, ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent de moi du moment que toi tu es heureuse, c’est tout ce qui m’importe. Alors laisse-moi faire quelque chose. S’il te plait.

Pour toute réponse, elle se lève et vient naturellement s’asseoir sur mes genoux en se blottissant contre mon torse. Un geste comme celui-ci en public veut tout dire venant de Keala. Alors je ne réfléchis pas plus qu’il ne faudrait et je passe mes bras autour d’elle pour la maintenir contre moi pendant qu’elle vient jouer avec quelques-unes de mes mèches de cheveux. Et elle s’excuse, sans me quitter des yeux, ni ciller. Je me détends encore. Même quand elle parle de mon passé au club de strip-tease je ne sourcille pas. À quoi bon ? C’est aussi à moi d’assumer les choses, aucune raison de tenter de me cacher. Bien évidemment je ne suis absolument pas fier d’avoir été mater des filles -et encore moins d’avoir aimé ça- mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je ne peux pas revenir en arrière. Mais je me demande si elle est au courant de mon petit rendez-vous avec Quinn-Rose. Enfin, si l’on peut appeler ça un rendez-vous, je vous l’accorde. Si elle est au courant de mon partage de burger avec une strip-teaseuse. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le moment de poser la question.

- Il faut dire que je n’ai pas été cool. Je te reproche de ne pas être transparente avec moi mais je n’ai jamais jugé bon pour autant de l’être avec toi sur ce sujet-là non plus.

Je ferme les yeux en la voyant s’approcher de moi et je frissonne quand ses lèvres se posent doucement sur mon front. J’apprécie son contact et je dois dire qu’à chaque fois qu’elle m’embrasse de cette manière je fonds un peu plus. Il y a quelque chose de profondément tendre dans un bisou sur le front, comme un instinct de protection et d’affection, et c’est tout ce dont j’ai besoin au moment où nous parlons. De savoir qu’elle tient à moi, qu’elle fait attention à moi, qu’elle est là.
Et puis elle aborde le sujet de Jérémy. Le fameux qui me prend tellement la tête depuis le début, celui que j’aurais voulu éliminer si nous avions été dans un film de gangster -et de la pire des manières, autant vous le dire. Mais malheureusement nous sommes dans la vraie vie et hormis ruminer dans mon coin je ne peux pas faire grand-chose contre lui. Ah si… Avoir Keala et pas lui peut-être. Je me surprends à sourire face à cette idée. Il n’est pas dans forcément dans mon caractère de me vanter, encore moins de narguer quelqu’un mais là, croyez-moi c’est avec un grand plaisir que je le fais !

- Tu sais il n’y a franchement pas grand-chose à dire vis-à-vis d’Amanda. Mais j’ai compris l’idée. Je te répondrai aussi et je vais tâcher de poser un peu moins de questions.

Impossible, je préfère vous le dire. Poser des questions est absolument dans ma nature alors vous vous doutez bien que je ne vais pas arrêter en claquant des doigts, encore moins si ça concerne ma copine.
Et puis comme pour marquer un peu plus son attache, elle fait simplement descendre ses lèvres sur mon visage, sans s’éloigner une seconde de ma peau. Un petit papillonnement se forme au creux de mon ventre lorsque je l’écoute. Ses mots sont beaux et agréables à entendre, je ne peux absolument pas dire le contraire. J’aimerais en entendre plus mais il ne faut pas être trop gourmand, loin de là. J’ai appris avec mon hawaïenne de me contenter simplement des petites victoires sans jamais précipiter les choses. Et manifestement, ça fonctionne !
Mes yeux se posent sur ses lèvres. J’ai envie de l’embrasser pour toute réponse. J’ai envie de tout ce qu’elle propose. Mais je sens qu’elle n’a pas terminé alors je m’abstiens pour le moment et je me contente de l’attirer un peu plus contre moi.
Sa réponse ne se fait pas attendre et je sens ses doigts venir jouer contre ma barbe pendant qu’elle plante son regard dans le mien, front contre front. Et puis une fois que sa phrase est terminée, après m’avoir une nouvelle fois donné la chair de poule, enfin elle cède à mon envie. Ses lèvres se pressent contre les miennes et je ne tarde pas à lui rendre son baiser. Et elle l’intensifie. Encore et encore. Un simple bisou devient finalement un véritable message, plus encore que ses mots. Et tout ça évolue une nouvelle fois et j’oublie totalement où nous sommes pendant que ma main descend dangereusement vers ses fesses.

Keala reprend finalement ses esprits alors que les miens sont déjà partis bien loin et s’éloigne de moi pendant que mes sourcils se froncent quasi-instantanément. Je sais qu’elle a raison, je sais que je regretterais de devenir comme tous ces gens qui se laissent un peu trop aller en public mais pour autant, et sur le moment, je n’apprécie absolument qu’elle coupe notre moment. Mais sa manière de me regarder, tout comme celle qu’elle a de faire glisser sa main sur mon torse me laissent comprendre que ce n’est que partie remise.
Et la conversation redevient subitement sérieuse lorsqu’elle me promet de faire moins d’heure pour pouvoir passer plus de temps avec moi. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, sa décision ne me convient pas. Non attendez, ce n’est pas exactement ça. Sa décision ne me convient pas totalement. Bien sûr j’aimerais la voir et l’avoir plus mais maintenant que je comprends un peu mieux les tenants et les aboutissants de toute cette situation, je sais qu’elle serait perdante à agir comme ça.

- Alors, je te le répète, laisse-moi t’aider. Tu sais très bien que tu n’as pas d’autres choix, tu vas y laisser notre couple mais surtout, et c’est bien plus important, ta peau. Alors il est hors de question que je te laisse faire ça.

J’avance la tête vers elle pour lui voler un nouveau baiser et surtout l’empêcher de me répondre. Maintenant que j’ai réussi à placer ça, hors de question de faire marche arrière. Et surtout, ne pas la laisser négocier quoi que ce soit. Elle est beaucoup trop douée, elle réussirait à me faire changer d’avis en un claquement de doigts. Et pourtant elle sait que c’est la meilleure solution.

- De toute façon je ne te laisse pas le choix. Je ne vais pas te laisser couler sous prétexte que ta fierté prend le dessus. Fais-moi juste confiance. Laisse-moi prendre soin de toi.

Je me penche vers elle et je pose brièvement mes lèvres dans son cou.

- Et puis peut-être qu'il y a une solution assez simple. Peach cherche absolument à me coller une assistante dans les pattes pour tout gérer pendant ma journée de cette été. Comme tu t'en doutes, personne ne me convient... Mais peut-être que si toi tu postulais... Attends, attends, avant de répondre, réfléchis ! Ça te ferait un salaire en plus, du temps pour bosser à côté, un été quasiment tout frais payé à voyager à deux et pendant ce temps-là tu pourrais louer ton appartement ! Dis oui...
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