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It took us years to cross the line of self-defense [Asa & Ezekiel]

GOOD MORNING AMERICA :: New York City
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Ghazaleh Tabrizi
Wall
J'ai posté : 21 messages et j'ai : 119 dollars d'activité. Sinon, il paraît que : Golshifteh Farahani et pour finir je crédite : me, myself and I.

Ghazaleh Tabrizi
Mer 13 Mai - 22:30
It took us years to cross the line of self-defense.


Ft. Asa Zimmerman & Ezekiel B. Zimmerman.



Ghazaleh était en pleine vidéo-conférence avec cinq collègues journalistes du New York Times et le rédacteur en chef quand elle avait entendu les hurlements des enfants. La journée de mai était chaude et ensoleillée, les fenêtres du salon où elle travaillait étaient ouvertes et apportaient une brise chargée d’odeurs printanières – les dernières grappes du lilas blanc, le buddléia précoce qui annonçait déjà des fleurs. Il lui avait suffi de bondir de la table où elle participait à la réunion en ligne et de courir jusqu’à la fenêtre pour constater le désastre. Sur la pelouse que se partageaient les trois familles de l’immeuble se trouvaient les jumeaux de six ans, Zalmai et Zaynab. Leur mère les avait vus au pied du vieux tilleul, des planches et des cordes diverses autour d’eux, Zaynab couchée à terre qui pleurait, son frère qui semblait indemne mais tout à fait désarmé. Elle avait eu le temps de songer nom de Dieu ils n’ont quand même pas essayé de fabriquer une cabane eux-mêmes dans cet arbre.

Ghazaleh n’aimait pas travailler chez elle, et encore moins dans le salon – pourtant vaste et chaleureux. Elle préférait le calme et l’intimité de la chambre conjugale, mais son compagnon l’avait ce jour-là monopolisée, parce qu’il avait un appel international et que la connexion Internet était meilleure. L’avantage du salon fut l’immédiateté avec laquelle Ghazaleh prit conscience de la gravité de la situation. Bien plus tard, en y repensant, elle ne parviendrait toutefois pas à assembler les faits en ordre logique et cohérent. Elle se voyait courir hors de l’appartement, rejoindre les enfants sur la pelouse, elle entendait les pleurs de sa fille et les aboiements du chien des voisins qui se trouvait là, elle voyait son fils qui tremblait et essayait de lui expliquer ce qu’il s’était passé, mais surtout elle s’entendait elle-même en train de crier « mais vous ne pouviez donc pas faire attention ! Je vous ai DIT et REDIT que c’était DANGEREUX ! Bon sang mais qu’est-ce que vous AVEZ dans la TÊTE ! »

Ghazaleh ressentait une colère disproportionnée en s’agenouillant près de sa fille, en la voyant assise par terre et serrant contre sa poitrine son bras gauche inerte. Toute l’inquiétude des semaines de confinement, l’exaspération face à la présence constante de la famille, le stress du travail devenu soudain entièrement informatisé, le basculement brutal dans un nouveau mode de vie, tout semblait se mêler en cet instant précis. Ghazaleh sentait ses oreilles bourdonner pendant qu’elle interrogeait Zaynab pour savoir ce qu’elle ressentait, où elle avait le plus mal. La petite fille semblait surtout sous le choc et pleurait à gros sanglots. Assez vite, sa mère comprit qu’elle avait le bras cassé.

Entretemps, son frère jumeau était allé chercher leur père, et lorsque ce dernier arriva, Ghazaleh lui assura qu’elle prendrait les choses en main. Elle était de toute manière trop énervée pour retourner à la vidéo-conférence. Après avoir confectionné une écharpe de fortune à Zaynab avec un foulard, elle assura à son compagnon : « Je vais la conduire à l’hôpital. Reste ici avec Zalmai, je te téléphonerai dès qu’elle sera prise en charge. » Elle guida ensuite sa fille par l’épaule jusqu’au garage, remonta en vitesse chercher les clefs de voiture, prit les premières qui lui tombaient sous les doigts – celles de la BMW noire de son compagnon. La fureur était un peu retombée, mais elle sentait encore ses mains qui tremblaient légèrement.

Une fois installée dans la voiture, à l’arrière avec son bras en écharpe, Zaynab parut étrangement calme. Seuls sa pâleur et le léger rictus qui lui retroussait les lèvres laissaient percevoir sa douleur. En démarrant, Ghazaleh n’avait pu s’empêcher de se tourner vers sa fille et de lui dire : « Je vous l’avais répété combien de fois, que ce tilleul avait plein de branches mortes qui casseraient sous votre poids ? Hein ? C’est malin, vraiment. A cause de vous, je ne peux même pas suivre une réunion importante, bon Dieu ! » Zaynab n’avait rien répondu, mais ses yeux s’étaient voilés de larmes, silencieuses cette fois.

A mesure qu’elles roulaient vers Lenox Hill Hospital, Ghazaleh sentait la tension redescendre en elle, et une grande honte l’envahir. La phrase à cause de vous je ne peux même pas suivre une réunion importante résonnait dans sa tête, et elle mesurait à quel point elle était injuste. Plusieurs fois, elle ouvrit la bouche pour demander pardon à sa fille, s’excuser d’avoir été brutale, mais elle renonça au dernier moment. Leur trajet fut silencieux, la route était pratiquement déserte et la voiture soigneusement insonorisée.

A présent, arrivée sur le parking de l’hôpital, Ghazaleh voit à quel point l’épidémie de coronavirus a bouleversé les structures de soin. Elle n’est pas sortie de la voiture qu’elle note les indications diverses, les innombrables fléchages, et les sinistres lieux de tri entre les patients infectés et les patients sains. Elle songe brusquement qu’elle n’a pas pensé aux masques. Tant pis, elle suppose que l’hôpital en a, et qu’on ne leur refusera certainement pas l’entrée sur ce prétexte. Ouvrant la portière à sa fille, Ghazaleh essaie d’être plus douce à son égard, elle pose la main sur son épaule droite et elles avancent ensemble jusqu’à l’entrée. Zaynab ne se plaint pas, mais elle est très pâle et figée. Assez vite, sa mère ne sait pas avec certitude quel chemin prendre, quelle est la marche à suivre. Elle avise deux hommes qui se ressemblent, dont l’un doit avoir approximativement son âge, et qui portent un badge indiquant bénévoles. « Excusez-moi » lance Ghazaleh une fois à leur hauteur, « ma fille a le bras cassé. Pouvez-vous nous dire quelle est la marche à suivre pour les urgences ? » Quelque chose dans les yeux de l’homme le plus âgé la transperce sans crier gare.
Asa Zimmerman
broad admin
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Asa Zimmerman
Lun 18 Mai - 10:23
Ce confinement va finir par te rendre dingue Asa, et pas seulement parce que tu détestes rester à ne rien faire, mais aussi parce que rester enfermé dans un lieu restreint avec Zeke devient de plus en plus compliqué. La discussion n’est clairement pas votre point fort à tous les deux, et encore moins lorsqu’il s’agit de discuter réellement entre vous, alors dans cette situation, peu importe les essais que vous pouvez faire l’un comme l’autre, ça finit toujours par partir en vrille. Tu sais très bien qu’Ezekiel t’en veux énormément de l’avoir laissé tomber toutes ces années et tu le comprends très bien en réalité, mais en même temps tu n’arrives pas à lui expliquer ce qu’il s’est réellement passé pour que tu partes de chez vous, et lui avouer qu’il est en réalité ton fils est quelque chose d’encore plus compliqué. Tu sais pourtant qu’avec le retour de SOS, c’est quelque chose qui risque de te tomber dessus sans que tu n’ai le temps de dire ouf, mais il faut croire que tu as gardé ça pour toi depuis tellement longtemps, qu’aujourd’hui tu as du mal toi même à te mettre en tête qu’il est en droit de savoir toute l’histoire. C’est tout ces non dit qui foutent la merde entre vous, tu le sais très bien, et Ivar te l’a très bien rappelé il n’y a pas si longtemps que ça, mais c’est plus fort que toi, tu as tellement peur de le perdre définitivement en lui avouant tout ça que tu n’arrives pas à passer le pas. Quoi qu’il en soit, c’est suite à une énième dispute entre vous que vous vous êtes retrouvé tous les deux dans cette foutu voiture en direction de l’hôpital. Aucun de vous n’est blessé, non loin de là, ou en tous cas, pas physiquement parlant, mais tu en as marre du comportement tout ce qui a de plus égoïste de la part de ton fils Asa, alors tu ne lui laisses pas le choix, aujourd’hui, vous allez faire du bénévolat à l'hôpital. Ils ont besoin d’aide, et comme Zeke te l’a très bien fait remarqué, tu ne peux pas lui imposer ça sans le faire toi aussi. Alors après avoir passé tous les examen nécessaire pour s’assurer de votre bonne santé, et du coup, heureux d’apprendre que vous n’avez pas choppé ce foutu virus, ni l’un ni l’autre, vous vous retrouvé à guider les gens dans ce foutoir pour éviter la catastrophe entre les infectés et les non-infectés. C’est donc avec un plan à la main, badge du soutiens à l'hôpital bien en évidence que tu prends place Asa, observant Zeke du coin de l’oeil pour t’assurer qu’il ne fait pas de connerie. Tu pourrais au moins sourire, tu as beau porter un masque on voit à 15milles que tu fais la gueule, ils t’ont rien fait ces pauvres gens… On est là pour les aider je te rappelle, alors donne leur un peu de force, ça coûte rien, un putain de sourire ! Tu sais qu’il n’est pas là de bon coeur, mais tu veux qu’il fasse un effort, tu veux qu’il comprenne que peu importe la rancune qu’il peut avoir contre toi, il doit se rendre compte qu’il est bien loin d’avoir une mauvaise vie, et que cette vie plutôt sympa qui s’offre à lui, tu n’y es pas pour rien, quoi qu’il en pense. Mais tu n’as pas le temps d’en rajouter une couche qu’une femme s’adresse à toi, te faisais sourire instinctivement pour montrer à Ezekiel la marche à suivre, mais ce sourire retombe bien vite lorsque tu vois le visage de la personne en question. Ce visage, bien que plus vieux, tu ne l’oublieras jamais puisque cette femme est celle qui très certainement le plus marqué ta vie. Tu ne la connais pourtant pas vraiment, tu n’as fait que coucher avec elle, une seule et unique fois, et voila que neuf mois plus tard, elle te déposait un fils sur le pas de la porte de tes parents. Non, c’est sûr, ce visage là, tu ne le sortira jamais de ta mémoire. Elle te parle, t’explique la situation et tu comprends que ton masque lui cache un minimum qui tu es, et tu ne sais pas si tu dois le lui dire ou pas, surtout qu’elle t’annonce qu’elle a une fille que tu regardes en alternance avec elle, puis tu regarde Zeke, et soudain tu paniques Asa, soudain, tu sais qu’elle ne doit pas savoir qui tu es, et dans un geste irréfléchi tu remontes encore plus ton masque comme si ça pouvait te faire disparaître. Heu… Oui… Pardon… Déjà, je vais vous demander d’enfiler ces masques, on ne vous laissera pas entrer sinon,... Tu lui tends les sachets hermétique contenant les bout de tissu jetable et tu fais tout ce que tu peux pour détourner le regard, alors que tu oublis totalement que ton prénom est sur tno badge. Je vais aussi vous demander de m’aider à remplir une fiche afin que les soignant puisse au mieux s’occuper de vous et ensuite, mon… Le jeune homme juste là vous conduira dans la salle d’attente… Ton fils, voila ce que tu allais dire, la présence de Ghazaleh te perturbe Asa, ta peur t’entraine à brouiller ton cerveau et tu as vraiment peur de ce qui pourrait se passer si tu restes trop longtemps auprès d’elle. Tu attrapes alors la fiche de renseignement, mal à l’aise d’apprendre autant de chose sur elle, comme le fait qu’elle porte encore le même nom de famille, qu’elle n’est donc pas marié, l’âge de sa fille, son adresse… Tu n’as jamais voulu connaître tout ça d’elle et pourtant tu as l’impression aujourd’hui que ton cerveau enregistre la moindre de ces informations… Les papiers étants rempli tu demande à Zeke de t’occuper d’elle, mais tu ressens de nouveau cette panique s’emparer de toi, et si elle venait à lui dire qui elle est ? Si elle venait à comprendre qui lui il est ? Finalement je vais venir avec vous si ça ne vous embête pas ? Tu donnes une tapes sur l’épaules de Zeke comme si tout allait bien, et tu te doutes que ce dernier ne doit rien comprendre à ce comportement étrange que tu montres en cet instant...
Ezekiel B. Zimmerman
Beta
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Ezekiel B. Zimmerman
Dim 24 Mai - 22:39
Jamais je n’aurais pensé vivre ce genre d’évènement dans ma vie. Apprendre sur les guerres et les crises financières ou autres pendant mes cours d’histoire me faisait aimer ces cours, mais jamais je m’étais imaginé vivre l’une de ses crises qui allaient finir par être dans les manuels d’histoire. J’avais tellement l’impression que le temps était en suspension depuis des semaines déjà. Le gouvernement nous conseille de pas sortir ou du moins de limiter nos sorties à l’essentielles, même que toutes les fac du pays, même du monde, sont fermées. Je continue mes cours dans le confort de ma chambre et ce n’est pas pour m’en déplaire. Cependant, le hockey me manque. J’ai vraiment hâte de pouvoir recommencer à jouer. Notre saison a connu un arrêt précoce et ça me fâche parce qu’on était bien parti pour gagner les séries cette année ! Aussi, le fait de devoir rester dans le même appart que mon frère commence à être très lourd. Moi qui avais l’habitude de squatter le canapé de mes amis régulièrement, là je ne peux plus et je dois rester sous le même toit qu’Asa. Ça me surprend que nos disputes ne soient pas si « grave » que ça. Bon, c’est vrai que je vais m’enfermer dans ma chambre pour en éviter le plus possible lorsque je sens que ça commence à monter, mais quand même. Ça me gave et, juste pour ça, j’ai hâte de pouvoir sortir librement. Je profite tout de même très bien de ce confinement. Je dessine et peins autant que je veux. Je me permets même de le faire toute la nuit puisque je n’ai pas besoin de me lever le lendemain matin. Je prends ça relaxe et j’en profite. J’ai même pu rattraper quelques séries que j’avais commencé, mais que je n’avais pas vraiment le temps de regarder à cause des cours, du hockey et de tout ça.

Du moins, je prenais ça relaxe jusqu’à LA dispute. Selon Asa, je serais égoïste. Je le serais parce que je respecte le confinement et que je reste chez moi. Moi, je trouve que je suis loin de l’être puisque comme ça je ne participe pas à la prolifération du virus et que je me protège, oui, mais je protège les autres aussi, dont lui. Mais bon, il n’a pas voulu comprendre mon point de vu. C’est pour ça qu’on se retrouve tous les deux dans la voiture en direction de l’hôpital. Non pas parce qu’un de nous deux est blessé, mais bien pour faire du bénévolat. Oui parce que c’est sûr que c’est intelligent d’aller se foutre dans un des pires endroits pour chopper le virus plutôt que rester à l’abri chez nous. Évidemment, quand Asa m’a dit que j’allais faire du bénévolat pour l’hôpital, j’ai directement attaqué en disant que lui aussi devrait en faire pour ne pas être égoïste et qu’il ne peut pas m’imposer ça sans le faire lui-même puisqu’il n’est pas mon père et que je suis majeur maintenant. En plus, on a du passé un test – très désagréable au passage – pour savoir si on était déjà porteur du virus ou pas. Heureusement, on était négatif. Bah heureusement, ça dépend de quel côté on regarde la chose puisqu’on va maintenant côtoyer des personnes qui vont en être porteur et on risque de le chopper. Risque qu’on ne prendrait pas en restant chez nous, mais bon on se retrouve tout de même à l’entrée masque au visage et plan en main pour guider les nouveaux arrivant et ainsi éviter le foutoir. Je préfèrerais cent fois plus être vautré dans le canapé à dessiner plutôt qu’ici et je le fais bien comprendre depuis qu’on a franchis le pas de la porte de l’appartement. Je lève les yeux au ciel lorsqu’Asa me fait la remarque qu’on voit que je fais la gueule. Juste pour le narguer, je lui fais au grand et, surtout, faux sourire.

- Content ?! J’vais sourire quand y voir avoir du monde, j’vais pas sourire pour toi, c’est certain.

Je réplique en croisant mes bras pour continuer à faire la gueule jusqu’à ce que quelqu’un pointe le bout de son nez. J’aurais bien soufflé aussi, mais dans un masque c’est loin d’être agréable. Rapidement, il y a une mère et sa fille qui arrive, ce qui stop notre petite querelle. Évidemment, je ne souris pas juste qu’aux oreilles parce que la pauvre à l’air de souffrir, mais j’arrête simplement de faire la gueule. Puis, bon, je deviens plutôt rapidement sceptique lorsque je vois mon frère sourire pour le perdre aussitôt. On dirait qu’il a vu un fantôme.

- Souris Asa…

Je chuchote à son oreille après m’être rapprocher juste pour le narguer un peu plus. Faut bien que je m’amuse un peu bien que je sois ici de force. Ma phrase, j’ai bien l’impression qu’elle est rentrée par une oreille pour sortir de l’autre puisqu’il n’a pas de réaction, ce qui est encore plus bizarre. En plus, après les explications de la femme, je le vois me regarder avec panique, ce qui me fait lever un sourcil. Qu’est-ce qui lui prend voyons ? Je ne pense même pas à le reprendre lorsqu’il remonte son masque, chose qu’on nous a répété, au moins, un centaine de fois de ne pas faire. J’étais tellement perdu face au comportement d’Asa que je n’ai même pas pensé à « accueillir » les deux nouvelles arrivantes avec des masque et à donner à la mère la fiche à remplir. Je leur fais tout de même un sourire lorsqu’Asa affirme que j’allais les conduire à la salle d’attente lorsque la fiche sera remplie. Quelques instants plus tard, alors que mon frère reprend la fiche et que j’ai fait quelques pas avec elles pour les reconduire jusqu’à la salle d’attente, il nous rejoint en deux pas pour nous accompagner. Il me donne même une petite tape sur l’épaule comme si tout allait bien et qu’on était les meilleurs frères au monde. Je fronce les sourcils, ne comprenant rien de ce qui lui prend et très vexer par la situation aussi.

- Je suis capable de les reconduire jusqu’à la salle d’attente sans avoir mon frère sur le dos. Tu me fais si peu confiance ou quoi ? Faut que quelqu’un reste à l’entrée de toute façon.

Je m’exprime peut-être un peu trop sèchement, mais c’est plus fort que moi.
Ghazaleh Tabrizi
Wall
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Ghazaleh Tabrizi
Dim 31 Mai - 20:00
Après avoir enfilé le masque tendu et aidé sa fille à faire de même, Ghazaleh garde une main sur l’épaule droite de Zaynab, dans un geste de protection envers l’enfant ou pour masquer le fait que cette main tremble légèrement, elle ne saurait dire. Aux questions posées par l’homme le plus âgé qui remplit leur fiche, elle répond d’une voix assurée, mais mécanique. Il lui semble que les masques sanitaires les font s’apparenter à des acteurs dans une vaste tragédie humaine. Pendant une poignée de secondes, face au bénévole, il lui a paru absurde d’avoir soupçonné être en présence des Zimmerman, mais la panique lisible dans les yeux du plus âgé et le badge portant son prénom a annihilé tous ses doutes. Pendant plus de vingt ans, Ghazaleh avait imaginé, rêvé, anticipé le jour où elle reverrait Asa Zimmerman et leur fils. A chaque fois, elle s’était vue maîtresse de la situation, préparée, peut-être aurait-elle convié les deux hommes chez elle, afin de garder un certain contrôle sur leurs actes. Jamais elle n’avait envisagé d’être face à eux dans une situation urgente et imprévisible.

Elle sait qu’Asa l’a reconnue, et ce n’est qu’au moment où il tend la fiche remplie à l’autre bénévole pour qu’il les guide à l’intérieur du bâtiment qu’elle prend vraiment conscience de la présence de leur fils. Ghazaleh le regarde, elle voit un homme de la petite vingtaine, la ressemblance physique avec Asa est frappante, il a la carrure de quelqu’un qui pratique un sport de manière régulière. Ghazaleh le regarde et il lui semble dévisager un jeune adulte comme il en existe tant, un étudiant qu’elle croiserait dans la rue, mais pas l’enfant qu’elle a un jour mis au monde. L’espace effrayant d’une seconde, elle revoit la photo qu’elle avait montrée aux jumeaux un an auparavant, pour leur apprendre qu’ils avaient un frère aîné. Cette photo était la seule qu’elle possédait, usée et abîmée aux coins. Elle montrait le bébé âgé de dix jours dans les bras de sa mère, qui semblait être sa grande sœur. Ghazaleh ne souriait pas, ses gestes pour tenir l’enfant étaient raides, et le bébé ressemblait à n’importe quel nourrisson du même âge. Il était habillé d’une grenouillère à fines rayures bleues, avec un soleil souriant brodé sur le cœur. Il la portait également le jour où Ghazaleh avait marché jusqu’à la porte d’Asa Zimmerman, à quatre heures du matin, et l’avait déposé, emmitouflé dans une couverture et un châle, avec une lettre à ses côtés. Personne, à sa connaissance, ne l’avait vue. Elle avait appuyé sur la sonnette et s’était enfuie, comme un personnage de Zola, comme cette servante qui abandonnait sa fille à l’Assistance Publique, dans ce roman du dix-neuvième siècle qu’elle avait lu en français dix ans plus tard.

Gênée par le masque et sentant son bras gonfler à l’endroit de la fracture, Zaynab s’accroche à sa mère et pleure un peu au moment où elles s’apprêtent à rejoindre la salle d’attente. Le geste de sa fille rappelle Ghazaleh à la réalité, et lorsque Asa décide de leur emboîter le pas, puis qu’Ezekiel assure d’une voix sèche qu’il n’a pas besoin de son frère pour mener à bien sa tâche, elle s’entend s’exclamer : « Vous êtes frères ? » Cette phrase n’était pas préméditée, mais Ghazaleh sent la sueur lui couler le long du dos à mesure que la situation prend des allures irréelles. Asa avait-il un frère ? Elle l’ignore. La chose pourrait être plausible, même si plus d’une décennie les sépare certainement. Un frère qui s’appellerait lui aussi Ezekiel ? Cette hypothèse n’a aucun sens. Elle cherche désespérément à comprendre alors qu’ils entrent dans la salle d’attente, heureusement peu remplie. Ghazaleh constate à quel point ses mains tremblent et sont moites en les enduisant de gel hydroalcoolique.

Le Lenox Hill Hospital semble être dans une heure creuse, et rapidement Zaynab peut être prise en charge. Elle reste agrippée à sa mère, sentant sans la comprendre la tension qui l’environne, et sa figure demeure très pâle. Dévisageant les deux hommes à leurs côtés, elle déclare soudain, en fixant le plus jeune : « Moi, j’ai un grand frère qui s’appelle aussi Ezekiel ». Ghazaleh se sent traversée par une décharge électrique. Elle n’a cependant pas l’occasion d’épiloguer, deux soignants s’approchent, réexpliquer la situation de sa fille l’occupe pendant un court instant. Zaynab paraît désemparée en comprenant que les normes sanitaires imposent qu’elle soit auscultée seule. Néanmoins, les deux membres du personnel soignant usent pour elle de paroles rassurantes, et en la voyant les suivre pour une salle d’examen proche, Ghazaleh a l’impression de l’abandonner.

Séparée de Zaynab, Ghazaleh perd le peu de stabilité qu’il lui restait. Être en présence de son fils aîné et du père de ce dernier lui apparaît brusquement comme une source de terreur sans nom. Elle ne peut ni les fuir, ni les ignorer, et devant les émotions qui la submergent, elle devine qu’il lui faut s’asseoir et reprendre ses esprits. « Excusez-moi » leur lance-t-elle avant de gagner le siège le plus proche, de se pencher légèrement avec les mains aux tempes. Bon sang, s’admoneste-t-elle, tu as géré nombre de situations complexes au cours de ta vie. Souviens-toi de ce reportage en Iran. Et ce jour où tu avais seize ans, où il t’a fallu te défendre seule. Tu ne peux pas laisser les choses s’empoisonner davantage – quoiqu’au point où elles en sont …

Après plusieurs inspirations profondes, Ghazaleh sent la tension qui reflue. En se redressant, elle interpelle les deux bénévoles : « Asa, Ezekiel, je … Je ne sais pas ce que nous devons faire. Dois-je parler avec vous, maintenant, plus tard ? Je ne peux pas vous ignorer. Que devons-nous faire ? »


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